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Testament de Jésus Jn 14, 15-21
Vatican II - Aparecida

Depuis Pâques, l’Évangile aussi bien des dimanches que des jours de semaine est tiré en très grande
proportion de l’Evangile de Jean et des chapitres qui nous rapportent ce qu’on pourrait appeler le testament
de Jésus, l’essentiel de son message, ses confidences et recommandations à ses disciples pour le futur.
C’était entre le lavement des pieds et le début de sa passion. Et dans ces chapitres il y a des thèmes fortement
récurrents, tels que : « garder ses(de Jésus) commandements [certains préfèrent traduire le terme grec par
« recommandations»], de nous aimer les uns les autres - - (comme Lui a gardé le commandement de son
Père, de nous aimer), « demeurer en lui » (comme Lui demeure en son Père et en nous), et le thème de
l’Esprit qu’il enverra d’auprès de son Père pour être avec nous et en nous, nous faisant nous souvenir, au fil
des jours et des situations, des paroles et recommandations de Jésus. Et il se trouve que ces thèmes, articulés
entre eux, sont tous présent dans le court extrait de l’Évangile de Jean pour ce 6° dimanche de Pâques.
Dans son discours d’ouverture du Concile Vat.II, le Pape Jean XXIII déclarait que pour lui ce concile
n’aurait pas pour but, comme la majorité des conciles de l’histoire, de définir des points de doctrine ou de
condamner des erreurs, mais de procéder à une mise à jour de l’Église catholique en vue de l’adapter au
monde moderne. Pour cela il annonçait que, face à une multitude de mises au point des dogmes, de la
doctrine, de la discipline, qu’avaient produits les conciles au cours de l’histoire, il était nécessaire de revenir
aux sources sur la base de la recommandation de Jésus qui avait déclaré qu’il fallait « Chercher d’abord le
Royaume de Dieu », recommandation qui fut bien tenue en compte par les Pères du concile, au point que
le Pape Paul VI, qui succéda à Jean XXIII et mena à bien le concile, déclarait lors de la dernière session de ce
dernier : « Peut-être dira-t-on que ce concile a dévié en mettant l’homme d'aujourd’hui au centre de ses
réflexions et préoccupations. Non, s’est-il répondu à lui-même, le concile n’a pas dévié, il est revenu » (à la
préoccupation pour l’homme au nom de Dieu, ce qui aurait dû être la ligne de l’Eglise depuis toujours).
De retour du concile, les évêques latino qui y avaient participé et avaient été captivés par le discours
de Jean XXIII, avaient décidé d’inviter tous leurs frères évêques de l’Amérique latine à se réunir pour
décider ensemble comment mettre en œuvre les orientations du Concile à partir de la situation des peuples
latino-américains globalement immergés dans une grande pauvreté. C’est ainsi que, entre 1968 et 2007, se
sont tenues quatre Conférences générales de l’Épiscopat latino-américain, se référant toujours d’une part à
la Parole de Dieu et aux recommandations du concile et d’autre part, dans le cadre de l’option pour l’homme
et pour les pauvres en particulier, à la situation des peuples latinos immergés dans la pauvreté.
Revenant à l’Évangile de ce jour, je pense que peuvent opportunément nous éclairer quelques
paroles de ces documents de l’Eglise latino-américaine en particulier concernant l’action de l’Esprit en nous
chrétiens et la mise en œuvre concrète du commandement que Jésus nous a laissé.
Concernant l’action de l’Esprit en nous les chrétiens, le Document dit ‘de Puebla’ (1968) déclare -
n°267 – « Le peuple des baptisés est envoyé pour annoncer l’Évangile du Royaume de Dieu, et discerner dans
la réalité où se manifeste la présence et l’action de l’Esprit et où, au contraire, est à l’œuvre le mystère du
mal dans les événements et les structures qui font obstacle à une participation fraternelle dans la
construction de la société et dans la jouissance des biens que Dieu a créé pour tous. » Autrement dit, c’est
dans la réalité qu’il nous faut discerner ce qui est, ou non, du Royaume de Dieu, et ce texte attire
particulièrement notre attention sur deux marques fondamentales du Royaume, qui sont foulées aux pieds
dans la réalité socio-économique de notre temps : il s’agit de la participation fraternelle dans la construction
de la société (revendication des « Gilets jaunes » !) et de la jouissance des biens que Dieu a créés pour tous
(principe foulé aux pieds par l’extractivisme dont l’Amérique latine - mais pas que !- est la terre de
prédilection). Suivant ce texte de Puebla, l’Esprit nous pousse à nous indigner face à ces atteintes très
fréquentes à la dignité humaine qui sont des marques de l’ « anti-Royaume », et à nous « mouvoir » dans la
mesure de chacun, en tant que disciples et missionnaires de Jésus Christ pour transformer cette réalité.
Concernant le commandement de l’amour des frères, qui pourrait nous paraître tellement général
que finalement on ne saurait pas trop bien où et comment l’appliquer, le texte ci-après est un utile poteau
indicateur. C’est le n° 384 du Document dit de « Aparecida » (2007) dont présentation et la rédaction avaient
été confiées à la supervision de notre Pape François alors archevêque de Buenos Aires.
§ 384. Être disciples et missionnaires de Jésus Christ pour que nos peuples, en Lui, aient la vie nous conduit
à assumer évangéliquement, et à partir de la perspective du Royaume, les tâches prioritaires, qui contribuent
à rendre leur dignité à tous les êtres humains ; à travailler avec les autres citoyens et les institutions en faveur
du bien pour l’être humain. L’amour de miséricorde envers tous ceux qui voient leur vie violée en quelqu’une
de ses dimensions, comme nous le montre le Seigneur avec tous ses gestes de miséricorde, requiert que nous
secourions les besoins urgents, en même temps que nous collaborerons avec d’autres organismes ou
institutions pour organiser des structures plus justes à niveau national et international. Il est urgent de créer
des structures, qui consolident un ordre social, économique et politique, dans lequel il n’y aura pas d’inégalité
et dans lequel il y aura des chances pour tous. Également, il faudra de nouvelles structures, qui promouvront
un authentique vivre ensemble, qui empêcheront la toute-puissance de quelques-uns et faciliteront le
dialogue constructif pour les indispensables consensus sociaux.
Quelques remarques :
- Ce paragraphe fait partie du chapitre 8 du document cité , intitulé « Royaume de Dieu
et promotion de la dignité humaine », celle-ci constituant à la fois, comme le dit le texte, le
« pourquoi » et le « pour quoi », c’est-à-dire la justification et le but, du commandement de
l’amour fraternel. Et il nous dit aussi en quoi consiste la mise en œuvre de ce commandement
dans la réalité d’aujourd’hui.
- Il s’agit de tâches à effectuer, le Royaume étant de l’ordre du « faire ».
- Le travail pour le Royaume, c’est-à-dire pour « rendre » leur dignité à tous les humains,
n’est pas la préoccupation des seuls chrétiens, ce qui veut dire que ceux-ci sont appelés à
collaborer avec d’autres personnes, organismes et institutions pour transformer les situations et
structures qui sont une offense à la dignité humaine et donc à Dieu. En cette période de pandémie
nous pouvons admirer combien de femmes et d’hommes œuvrent dans le sens du Royaume de
Dieu sans la savoir pour un certain nombre. D’un côté, aujourd’hui souvent les églises sont quasi
vides et d’un autre côté, si on sait discerner, on voit le Royaume bien vivant, « en sortie », comme
dit le Pape François, dans le monde à travers toutes celles et ceux qui œuvrent, mettant parfois
leur vie en jeu, pour que vivent celles et ceux dont la vie est menacée par la pandémie.
- Comme on le voit cet amour ne peut pas ne pas s’incarner dans la réalité humaine et
c’est là la seule manière de manifester au monde qui est Dieu et « comment » il est. Il s’agit d’
« humaniser » la vie. Quand on lit l’Évangile on voit que c’est ce qu’a fait Jésus. C’est ce que nous
a rappelé le Concile, et c’est ce dont a témoigné, jusqu’au martyre l’Eglise d’Amérique latine.
- « Quand t’avons-nous vu malade et avons-nous pris soin de toi ? Je vous le déclare,
chaque fois que vous avez pris soin de l’un de ce plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait. ..Et
je vous dirai : ‘Venez, vous qui êtes bénis par mon Père, recevez le Royaume qui a été préparé
pour vous depuis la création du monde.» Mt. 25, 39-40 Le Jugement dernier. –
- « Disciples et missionnaires » est une expression propre de ce document de Aparecida
qui en a fait son titre. Ces derniers temps cette expressions est souvent reprise, mais en y mettant
un contenu différent de celui que lui donne l’original cité ici. On lui donne un contenu
« spirituel », « religieux » : or si on se fixe sur le texte cité ici on constate qu’il n’a rien de
« religieux » mais qu’il invite à une action incarnée dans l’humanisation de la réalité, et que c’est
cela justement qui constitue le vrai culte que Dieu attend.
Claude FAIVRE-DUBOST

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