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Jean chapitre 14, versets 1 à 12 dimanche 10 Mai
( Commentaire des texte en lecture de liturgie de vendredi 8, samedi 9 Mai 2020)

Vendredi 8 mai 2020.
Évangile « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 1-6)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé :vous croyez en
Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ;
sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous préparer une place” ? Quand je serai parti vous préparer une
place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi.
Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit :« Seigneur, nous ne savons pas où tu vas.
Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la
Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »
Commentaire de Paulette et Luc
Nous sommes devant deux questions dans ce texte. D'abord « Où vas-tu ? » Il nous est proposé ici de
« nombreuses demeures. » Un lieu où l'on est attendu à l'opposé de l'errance.
Curieux texte dans ce temps de confinement que d'entendre que nous aurions « plusieurs demeures »
et que nous aurions donc « un chemin » alors que chacun et chacune est appelé à rester dans sa
demeure.
L'autre question : « Quel est le chemin ? » Cela ne renvoie pas à un itinéraire mais à une relation à
construire, chemin mystérieux de foi dans le compagnonnage avec le Christ jusqu'à la rencontre
accomplie.
- Commentaire de Christine
Ne soyez donc pas bouleversés
Les disciples sont bouleversés, retournés dans leur route à la suite du Christ ; en effet, Il leur a annoncé
sa passion, et Il a dit à Pierre qu’il va le renier. Les disciples se sentent perdus : vers où aller ? Ils ne
voient plus le chemin puisque le Christ leur a dit qu’Il va partir. Eux qui au début du ministère de Jésus
sont venus voir où Il demeurait, et ils ont demeuré avec lui, voilà qu’à l’idée de son départ, ils ont très
peur de perdre cette demeure. Ils sont bouleversés, ils sont en errance, leur vie perd sa direction et son
sens. Et Jésus leur dit « ne soyez donc pas bouleversés, croyez en moi ». Jésus leur demande une foi plus
grande au moment où le bouleversement est le plus intense. Le seul ancrage possible dans la tempête
qui les secoue, c’est la foi au Christ ; ils l’ont vu calmer les vents et la mer. Sa voix est précieuse au cœur
de la tempête, écoutons…
Jésus leur dit « Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver une demeure… je pars vous
préparer une place »
Les disciples ont découvert que demeurer avec le Christ, c’est marcher avec lui, très simplement, jour
après jour, écouter sa Parole, s’en instruire, s’en nourrir ; c’est là qu’ils vivent et demeurent. Jésus leur
promet une demeure dans la maison du Père, celle où Jésus va parce qu’il est Fils du Père ; Il demeure
dans la maison du Père, là est sa place, là est vécue sa relation au Père ; il va préparer une place pour
chacun de nous parce qu’il nous fait fils et filles de Dieu, et notre place est dans la maison du Père. Cette
place est le lieu de notre relation au Père. Cette place est peut être aussi la mission qui est la nôtre, celle
que Jésus nous donne aujourd’hui de façon singulière. Elle est inscrite dans l’alliance avec Dieu.
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et La Vie »
Voilà la réponse de Jésus aux disciples bouleversés qui ne savaient plus comment avancer : il n’y a qu’un
chemin, c’est le Christ lui-même : lui seul peut orienter la vie de ses disciples. Il n’y a qu’une seule
Vérité ; le Christ lui-même réinvite à écouter sa Parole, à la laisser résonner à l’intime du cœur, la laisser
prendre chair en soi : elle est la Vérité et elle fait vivre : Jésus continue aujourd’hui de donner la vie en
abondance, Il est la Vie plus forte que le mal et la mort.
- Commentaire du groupe : « Chemin de l’Évangile »
Ce texte est utilisé pour les funérailles mais aussi par les mouvements œcuméniques.
Il peut sembler un peu hermétique, pas évident à comprendre. Mais il est très riche.
Ce passage se situe après le lavement des pieds et l’annonce de la trahison de Judas.
Il s’agit d’un discours d’adieux, avant l’arrestation, un testament. Jésus annonce son départ à ses disciples.
Le moment est dramatique. Jésus essaie de rassurer ses disciples: « ne soyez pas bouleversés », alors que
précédemment (Chap. 13 paragraphe 21) il était lui-même troublé.
Ne dira t-il pas : « n’ayez pas peur » ?
Jésus ne se met pas en colère comme d’autres fois, quand les disciples ne comprennent pas. Il rassure. Il
console. Il est pédagogue en s’appuyant sur ce que les disciples connaissent.
En effet Jésus part de quelque chose de connu « vous croyez en Dieu », « vous connaissez le chemin ».
Nous nous sommes arrêtés sur des éléments particuliers du texte.
La maison / La demeure
En cela le texte est rassurant par utilisation du mot « maison », « demeure ». Il s’agit d’un lieu familier. La
demeure est le « lieu où l’on est avec » et où on se trouve bien.
Pour les juifs, la demeure est la maison. Le mot maison en hébreu est « Beth »et c’est la 2ème lettre de
l’alphabet juif.
Dans sa calligraphie hébraïque, le trait du B relie à la fois le haut et le bas, le ciel et la terre. La lettre Beth
a une valeur numérique qui est 2 et qui représente l’homme et la femme ( le lieu de la famille), le monde
d’ici et d’au-delà.
Beaucoup peuvent trouver leur place dans les demeures de Dieu. Chacun, dans sa manière de croire ou
d’être, peut trouver sa place dans la demeure du Père.
Jésus prépare « une » place pour chacun et chacun y a « sa » place.
On retrouve un peu la notion de convives, car Jésus prépare le lieu pour accueillir les hommes, pour
accueillir chacun d’entre nous.
Les temps utilisés
Le présent et futur sont mélangés, qui donne un souffle au texte, il y a mouvement.
C’est notre actualité mais également notre devenir.
Aujourd’hui et demain : je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi.
Jésus revient sans cesse. C’est le JE SUIS : Jésus est toujours là, c’est un PRESENT.
C’est la Pentecôte : Esprit Saint  présence du Christ dans nos vies maintenant.
A la Croix, uniquement dans l’Evangile de Jean, Jésus « livre » l’Esprit : il nous donne son Esprit.
Médiation
Jésus emploie beaucoup le « JE », il est à la fois le centre et le passage vers Dieu pour les hommes.
Ce texte évoque le début du christianisme : jusqu’ici les disciples avaient une relation avec Dieu, et cette
relation est transformée par la médiation de Jésus.
« Là où je suis, vous y serez aussi ». Il est dans la maison du Père, le Père DEMEURE en lui.
C’est par Jésus qu’il faut passer pour accéder à Dieu.
La quête de Dieu est un chemin
Je SUIS le Chemin, la Vérité et la Vie
Le Chemin :
Jésus nous met en marche.
Le chemin, c’est le voyage en lui-même.
Le chemin est de s’aimer les uns les autres, comme il nous a aimés.
Le chemin n’est bon que si l’on est dans la vérité.
Le mot chemin a tout son sens, car il est de l’ordre du mouvement (non statique). Notre vie doit être un
chemin et nous permettre de nous ouvrir, dépasser nos enfermements.
En cela le chemin peut être également intérieur. « Je suis dans le Père et le Père est en moi ».
Nous sommes invités à un chemin intérieur, à nous laisser pénétrer (et transformer ?) par l’Evangile.
Nécessité de ce chemin intérieur pour s’ouvrir à l’autre plus en vérité.
Nous nous rappelons que c’est d’abord Jésus qui vient vers nous. Nous avons l’impression que nous
faisons nous même la démarche, alors que c’est Dieu qui s’avance vers nous. Les adultes en route vers le
baptême ou baptisés à l’âge adulte ont particulièrement conscience de cet appel. « Le Père est en vous :
Il demeure auprès de vous, il est en vous » (verset 17).
La vérité :
La recherche de « vérité » est d’abord une question d’amour, et non une approche dogmatique. Il s’agit
d’une vérité d’amour et non d’un savoir.
L’amour est inconditionnel et absolu dans la « relation » Père, Fils et Esprit (l’Esprit naît de la
communication entre le Père et le Fils).
Quand sommes-nous dans la Vérité ?
Jésus voit « autrement », il invite à un déplacement permanent. Jésus fait appel à la confiance.
La question n’est pas de voir. La foi n’est pas une question de savoir. La « vérité » n’est pas dans un mode
de « savoir », mais plutôt de « relation ». L’Amour est altérité, donc relation.
Pour nous il s’agit d’une question de confiance, de relation, d’ouverture, d’humanité.
On est dans la vérité, dans la mesure où l’on est dans la bienveillance (bénédiction) avec l’autre, à l’opposé
de la malveillance (malédiction).
La Parole, les évangiles, s’imprégner des Paroles du Christ comme on le fait en groupe, la prière, nous
transforment ; cela nous aide à être dans cette vérité. La Parole est vivante, agissante, et nous permet de
nous repositionner.
Les évangiles parlent de Jésus dans ses relations et ses interactions avec les autres.
Jésus n’est pas toujours là où on l’attend, mais il ouvre « les relations ». Il est vivant et nous donne la vraie
vie. Il faut toujours être en veille d’ouverture. « Se déplacer ».
En peu de lignes, ce texte nous invite à la confiance, nous propose des demeures et, à chacun, une place.
Pour connaitre vraiment la personne de Dieu, c’est le Christ qui nous conduit.
A partir du moment où c’est l’amour qui guide la vie de l’homme, quel que soit la foi de chacun ou sa
religion il aura une place dans la demeure du Père.
Samedi 9 mai 2020
Evangile « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14, 7-14)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon
Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu ». Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le
Père ; cela nous suffit ». Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais
pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ? Tu ne crois
donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas
de moi-même ; mais c’est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres œuvres. Croyez ce que
je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins
à cause des œuvres. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes les œuvres
que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père. Tout ce que vous demanderez
en invoquant mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque
chose en invoquant mon nom, moi, je le ferai. »
- Commentaire de Chantal
« Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi »
Jésus, à l’approche de sa mort, n’a eu de cesse de faire entendre et d’éclairer ses disciples, sur la nature
profonde, l’essence et la fécondité de sa relation filiale avec son Père.
Cette parole préfigure ce que va devenir, après son Ascension et la Pentecôte, la relation du Christ avec
ses disciples, et aujourd’hui avec tous les croyants : c’est l’héritage de sa mort et de sa Résurrection qu’Il
nous laisse, en remontant vers son Père et en nous faisant don de l’Esprit-Saint.
La relation du Christ avec ses disciples est passée d’une extériorité à une intériorité réciproque :
«Demeurez en moi comme je demeure en vous » (St Jean 15,4)
Juste après sa Résurrection, au moment où Marie-Madeleine près du tombeau reconnait enfin le Christ à
l’appel de son nom, elle est si heureuse qu’elle se tourne vers Lui … Il lui dit : « Ne me touche pas… va
annoncer à mes frères que je monte vers mon Père, et votre Père » (Jean 20,17). Il y a déjà un changement
dans leur relation…
De même les Pèlerins d’Emmaüs n’ont pas reconnu le Christ quand Il s’est approché d’eux sur la route. Ils
l’ont reconnu plus tard à la fraction du Pain, mais se sont dits : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous,
tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ?» (St Luc 24,32)
C’est bien dans un cœur à cœur que le Christ vient demeurer en nous, au plus profond de nous, dans un
espace sacré et d’éternité : lieu où nous pouvons nous « laisser rencontrer par le Christ », faire
l’expérience de sa Présence, de son Amour infini, de sa Paix et de sa lumière, Lui en nous et nous en Lui.
Expérience aussi de la Divinité dans notre humanité et de notre filiation avec son Père, notre Père, par le
mystère de la Sainte Trinité. Il nous a fait devenir Enfants de Dieu.
« La grâce de Dieu a été répandue dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné» (Romains 5,5)
Pour nourrir et raviver ce lien, l’Eucharistie est centrale : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang
demeure en moi et moi, je demeure en lui » (Jean 6,56)
Nous ne sommes plus seuls, livrés à notre humanité si précaire, perdue, désemparée, tellement
souffrante… Cet héritage incommensurable, nous ouvre un chemin pour faire évoluer et changer notre
monde à bout de souffle… « En ce moment vous êtes dans la détresse, mais prenez courage j’ai vaincu le
monde » (Jean 16, 32).
Ainsi, habités de Sa présence en nous et de notre relation filiale au Père, nous pouvons poursuivre les
œuvres du Christ, Lui qui est « le Chemin et la Vérité et la Vie ».
Le Christ nous y invite en disant : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ! Au contraire,
c’est le Père, qui demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres ». « Celui qui croit en moi accomplira
les mêmes les œuvres que moi : il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père. »
« Tout ce vous demanderez en mon Nom, je le ferai, de sorte que le Père soit glorifié dans le Fils ».
A l’heure où, face à cette grave crise qui retentit jusqu‘aux extrémités de la terre, nous recherchons la
voie de la guérison, la voie d’un futur inconnu, une issue dans tous les domaines… n’est-ce pas le moment
de nous en remettre et de nous abandonner, par la Foi, à la promesse et au salut du Christ Ressuscité,
avec un cœur d’enfant dans une confiance sans limites ?
Le Christ nous donne à voir son univers. L’ouverture de notre cœur à sa présence remplie d’amour, élargit
notre conscience, notre élan, notre clairvoyance… pour oeuvrer avec Lui, contribuer à co-créer un nouvel
ordre du monde où la compétition laisse place à la coopération, le pouvoir au service, la division à l’unité
et la paix, l’obscurité à la lumière…: dans un mouvement tout particulier d’attention et d’écoute des
personnesles plus pauvres et les plus exclues, et des nombreux acteurs de terrain danstousles domaines,
qui humblement et silencieusement travaillent à faire advenir le Royaume de Dieu sur la terre.
« Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là portera du fruit en abondance, car en dehors de
moi vous ne pouvez rien faire » (Jean 15,5). Saint-Paul l’exprime à l’aune de sa foi, au cours de sa vie de
missionnaire : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Galates 2,20)
« Le grand sanctuaire de Dieu c’est nous-mêmes… Il s’agit d’entrer dans notre grandeur et de
donner comme un aimant à toute notre vie et à toute la création, cet infini qui est le Dieu vivant
caché au plus profond de notre cœur, et qui nous attend et nous envoie pour rendre la vie plus
belle et l’humanité plus heureuse. » (Maurice ZUNDEL – « Vie, mort, résurrection »)
5° dimanche Pâques « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 1-12)
01 Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.
02 Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : “Je pars vous
préparer une place” ?
03 Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin
que là où je suis, vous soyez, vous aussi.
04 Pour aller où je vais, vous savez le chemin. »
05 Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ?
»
06 Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer
par moi.
07 Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et
vous l’avez vu. »
08 Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »
09 Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui
qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : “Montre-nous le Père” ?
10 Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je
ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres.
11 Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à
cause des œuvres elles-mêmes.
12 Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus
grandes, parce que je pars vers le Père,
- Commentaire du Père Claude
Quelques brèves réflexions à partir des paroles de Jésus dans l’Evangile de ce jour (Jn 14, 1-12) :
« Dans la maison de mon Père il y a de nombreuses demeures, je pars vous préparer une place »
A partir du chapitre 12 de St.Jean on voit que Jésus sent de plus en plus clairement qu’on veut
l’éliminer pour se débarrasser définitivement de lui, que c’est la fin de sa présence visible en ce monde.
Mais pour lui, ce passage violent ne sera pas la fin de tout mais le retour vers son Père d’où il est sorti
pour venir en ce monde dont, en tant qu’homme, il avait fait sa demeure, au milieu des hommes. Lui
sait que cet imminent passage par la mort violente qui l’attend est en réalité comme la porte qui lui
permettra ce retour vers son Père dont il aura accompli jusqu’au bout la volonté : donner sa vie pour
l’humanité telle qu’elle est. C’est dire que loin d’abandonner l’humanité, Jésus dit à ses disciples qu’il va
leur préparer une place, pour eux et pour beaucoup, avec lui, dans la demeure du Père, du Dieu de la vie
et de la miséricorde.
C’est pourquoi considérant d’une part l’Evangile de ce jour, et d’autre part l’humanité dont nous
sommes aujourd’hui, il est bon de considérer quels sont les femmes et les hommes à qui Jésus, durant
sa vie d’homme en ce monde, a ouvert déjà les portes de la maison de Dieu, du Royaume de Dieu, pour
une nouvelle vie, un nouveau départ ; pour qu’en notre monde d’aujourd’hui nous apprenions nous mêmes à avoir le même regard et la même attitude que lui au milieu et vis-à-vis de nos frères et sœurs
en humanité.
Dans le désordre, à partir de l’Evangile citons donc quelques cas caractéristiques de personnes
dont beaucoup pensaient qu’il était impensable qu’elles puissent accéder au Royaume de Dieu et
auxquelles Jésus de Nazareth a ouvert la porte :
- A partir de la parabole du riche qui fait bombance et ne voit même pas le pauvre Lazare
couvert de plaies et mort de faim qui est à sa porte, Jésus déclare que la mort de Lazare sera
son entrée directe dans le Royaume de la vie, dans le sein d’Abraham qui l’attendait, alors
que pour le riche, tout absorbé par la jouissance de ses richesses et aux yeux de qui Lazare
n’existait même pas, c’est l’entrée dans la non-vie. Combien de Lazare dans notre humanité
d’aujourdhui, qui pour notre monde, sont souvent inexistants (la civilisation de
l’indifférence dit le Pape François), comme « hors-humanité » - et qui pour Jésus, pour le
Dieu de la vie, sont les préférés. C’est que, dans ces enfants, femmes et hommes, la noble
image de Dieu a, comme le dit le document latino-américain de Puebla, été quasi effacée et
outragée comme elle l’a été dans son Fils au moment de sa passion. Oui, parce que Dieu est
Père, celles-là et ceux-là sont ses préférés et Jésus de Nazareth s’est identifié à eux qui
seront à leur tour identifiés à lui dans sa gloire de ressuscité. Que cela nous conduise à
considérer tous ces « non-existants », avec les yeux de la foi, comme, en réalité et malgré les
apparences, des gens « de la maison de Dieu ».
- Il y a la Samaritaine, la femme aux cinq maris, venue au puits sur l’heure du midi pour n’avoir
pas à supporter les regards en coin et les paroles désobligeantes des autres femmes. Elle est
toute surprise que l’homme Jésus, juif de surcroit, lui adresse la parole commençant par lui
demander un service. Et Jésus entamera avec elle un long dialogue lui faisant sentir que, loin
de la juger, il lui révèle ce qu’au fond elle cherchait, et la fait se remettre debout, retrouver
un sens à sa vie en prenant l’initiative d’aider à son tour ses compatriotes à trouver un sens à
la leur. Elle a senti que Jésus qui l’a traitée sur un pied d’égalité dans ce dialogue, a rallumé
au fond d’elle des braises qu’elle-même et son entourage croyaient éteintes, et qui sont
devenues une flamme vivante qui a gagné son entourage et l’a amenée à se sentir
désormais comme ayant fait son entrée dans la demeure du Dieu de Jésus, devenue sa
demeure, l’arrachant à une solitude mortelle. Jésus a mis à profit le hasard de la rencontre
pour faire que cette femme dont la vie semblait condamnée à un anonymat désespérant a
repris vie … trouvant une demeure « chez » Dieu.
- Chacune et chacun de nous pourrait raconter des histoires de rencontres fructueuses
comme celle-là.. et aussi de beaucoup d’autres occasions manquées.
- Il y a l’aveugle Bartimée qui a toujours été sur le bas-côté du chemin à mendier et dont la
foule qui accompagne Jésus pense que c’est là sa place, dans une humanité de seconde
classe dont elle ne voit pas pourquoi il sortirait. Elle trouve même indécent qu’il vienne
troubler cette marche en compagnie de Jésus lui, au point de vouloir le faire taire Bartimée
parce qu’il crie fort demandant que Jésus lui fasse retrouver sa pleine autonomie d’homme
en lui rendant la vue. Jésus a entendu le cri de Bartimée comme le Dieu de l’Exode avait
entendu le cri de douleur des esclaves en Egypte, et demande qu’on le lui amène: Bartimée
se libère du manteau qui le ficelait dans un immobilisme forcé et bondit vers Jésus qui le
guérit et fait qu’ayant retrouvé son autonomie et intégrité, Bartimée de son propre gré peut
désormais lui aussi accompagner Jésus. En Jésus Il est devenu de la maison du Dieu de la Vie,
lui dont on pensait qu’il était destiné à rester pour toujours sur le bord du chemin.
- Il y a les deux publicains, Matthieu (Lévi) et Zachée, tous deux donc collecteurs d’impôts pour
le bénéfice de l’occupant, et comme tels méprisés et considérés comme des traitres à la
patrie, des « vendus ». Jésus libère Lévi de cet ostracisme à l’appelant à le suivre, et il répond
à la démarche de Zachée grimpé sans complexe dans un arbre pour le voir, en lui annonçant
qu’il s’invite chez lui. Il est allé aussi chez Lévi tout heureux de le recevoir et des deux côtés
on lui reprochera cette familiarité avec les pécheurs, les « n’importe qui ». Jésus a fait de ses
« n’importe qui », de l’humanité commune, sa demeure ; il est allé chez eux. Et il a fait que
Lévi, Zachée et ces gens, entrent par ce contact dans la demeure de Dieu par Lui devenu en
sa personne la porte de la demeure de Dieu à la portée de tout humain. C’est que
justement, pour Jésus ces gens n’étaient pas des « n’importe qui » : à propos de Zachée, et
aussi de la femme courbée (Lc 13, 16) Jésus déclare que l’un et l’autre sont fils et fille
d’Abraham, ils ne sont pas « rien ».
- Il y a la femme adultère dont le sort, en particulier aux yeux des chefs religieux, est réglé
d’avance sans discussion.. c’est l’élimination, au nom de Dieu même! Jésus les amène à
prendre conscience que justement, devant Dieu, ils doivent bien reconnaître qu’ils ne sont
pas dans une situation meilleure que cette femme. Et, au lieu de la condamner d’office
comme le font les chefs religieux, Jésus parle avec elle et la fait entrer dans un autre monde,
le monde, la maison de la miséricorde. Jésus se manifeste bien comme de la maison de Celui
qui « reconstruit sur les ruines, répare les brèches, restaure les demeures en ruines ».(Is.
58,12). Il vient de « reconstruire » la femme adultère, la faisant entrer dans la demeure du
Dieu-Miséricorde.
On pourrait continuer à citer de nombreux épisodes de l’Evangile. Ceux cités suffisent à nous montrer
un Jésus de Nazareth qui, au nom de Dieu, a fait du monde tel qu’il est, le nôtre donc, sa demeure, pour
nous inviter, qui que nous soyons, à entrer dans la maison de Dieu son Père, le Dieu de la Vie et à nous y
trouver « comme chez nous ». C’est Lui, Jésus, qui pour tous sans exception, est la porte offerte. Et nous
sommes, nous ses disciples, appelés à notre tour, dans le concret de nos relations, les constantes et les
occasionnelles, à montrer et à dire qu’il est La porte qui donne accès à la sécurité d’une demeure dans
une maison qui tient bon contre vents et marées.
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