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Résurrection du Seigneur année A

Le samedi saint est un jour liturgique particulier. Il n’est pas seulement consacré aux préparatifs de la fête de Pâques, mais c’est un jour de silence et de recueillement que l’Église passe avec Marie, méditant sur les souffrances du Christ, sa mort et son ensevelissement, avec l’espérance chevillée au corps. Le seul jour sans communion. Cette période de confinement est comme un long samedi-saint. D’habitude, c’est un jour que nous avons tendance à zapper. Cette année nous sommes invités à le goûter sur la durée. Nous sommes privés de liturgie pascale, sevrés des rites habituels qui nous tenaient peut-être dans la Foi. Je persiste à penser qu’il faut y voir une chance et accueillir cela comme une opportunité plutôt que de le subir l’esprit chagrin. Dans ces fêtes pascales, il y a bien quelque chose de la Pâque, dans cette épreuve de la Foi qui nous dépouille des béquilles rituelles pour affronter une question radicale : qu’est-ce qui résiste quand il n’y a plus rien de ce sur quoi on s’appuyait ? Pour cheminer vers une réponse, je vous invite à vivre la vigile pascale de manière inédite en prenant le temps de traverser, de revisiter l’histoire du salut par la lecture des huit lectures que nous propose la liturgie avant d’entendre l’évangile. D’habitude en paroisse on n’en retient que quelques-unes. Cette histoire du salut est aussi la nôtre, car notre histoire singulière relue à la lumière de la parole de Dieu, est appelée à devenir une histoire sainte.
Nous entendrons le récit du livre de la Genèse dire que ce monde est le fruit d’un amour sans pareil et cette origine fonde la Foi qu’il est sauvé. A cet amour répond la confiance déroutante d’Abraham dans sa réponse à Isaac : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils ». Nous y voyons se profiler l’agneau de Dieu ! Puis la libération fondatrice du peuple d’Israël, racontée dans le livre de l’Exode qui dit que Dieu ouvre un passage là où il n’y a qu’impasse à nos yeux. Histoire sainte, histoire d’alliances, au pluriel parce que régulièrement rompue : « Oui, comme une femme abandonnée, accablée, le Seigneur te rappelle » entendons-nous au livre d’Isaïe en quatrième lecture. Alliance rompue mais toujours renouvelée par Dieu avec une promesse d’éternité quand nous la trahissons : « Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle », entendu dans la cinquième lecture d’Isaïe. Et encore Baruch « pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis, (…) souillé par le contact des cadavres, inscrit parmi les habitants du séjour des morts ? », et la promesse en Ezéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai ». Histoire sainte où nous pouvons relire la nôtre et les événements que nous traversons. Et puis, point culminant de l’Histoire, l’événement de la résurrection, inscrit dans la continuité de la passion, car le ressuscité est bien celui qui a été crucifié comme le rappelle dans l’évangile ce jeune homme vêtu de blanc. Plus rien dans l’Histoire et dans nos vies ne sera jamais plus comme avant.
Et pourtant…, si nous regardons autour de nous, nous comptons les morts chaque jour plus nombreux, l’inquiétude sur l’après, immense, le coût économique, social, humain de cette crise, abyssal. Comment annoncer la joie de Pâques aux familles des victimes, nous-mêmes peut-être faisons partie de ceux qui sont touchés par le deuil ? Loin d’éprouver que plus rien ne sera jamais plus comme avant, chanterons-nous avec les Poppys des années 70 « non, non rien n’a changé ! » ?
La lecture de Paul aux Romains ne nous envoie pas dans le monde des bisounours, mais à ce plongeon dans la mort de Jésus : « nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. »
Nous connaissons tous cette prière attribuée à Saint François d’Assise : « Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. (…) Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie. » Elle indique que notre place comme témoins de Pâques, c’est là où sont la haine, l’offense, la discorde, l’erreur, le doute, le désespoir, les ténèbres, la tristesse, la mort même. Se tenir en ces lieux-là, comme Marie au pied de la croix, comme la liturgie du samedi-saint où nous sommes confinés, nous y invite. Y être témoins de la résurrection sans être ni dans l’illusion ni dans le déni du réel ! Être témoins de Pâques, ce n’est pas affirmer avec ostentation que le Christ est ressuscité, mais permettre que la Vie donnée par amour puisse passer par nous, c’est manifester à chacune des personnes que nous rencontrons le meilleur qui est en elles !
Les angoisses partagées avec tant de nos contemporains ne doivent pas nous écarter de la bonne nouvelle que nous fêtons ce soir : ce monde est sauvé ! C’est parce que l’Amour est premier qu’il est aussi au terme. Cette histoire sainte que nous avons relue, qui est aussi la nôtre, commence par cet Amour inconditionnel qui nous a mis au jour ! Être témoin de la résurrection, il n’y a pas de recette pour cela, aujourd’hui moins encore que jamais. Mais si l’infinie bonté de Dieu peut être reconnue à travers nous, ce sera le meilleur témoignage que l’Amour emporte tout sur son passage, même la mort !

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