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Année A Matthieu 21, 1-11 Évangile de la procession des Rameaux, Livre d'Isaïe 50, 4-7, Lettre de Saint Paul aux Philippiens Ph 2,6-11, La Passion de Jésus-Christ Matthieu (26, 14 à 27, 66)

Depuis cinq semaines, et plus de deux dans cette situation de confinement, nous préparons nos cœurs pour ce chemin qui s’ouvre devant nous en cette semaine sainte.
Si un verset peut la résumer dans les lectures d’aujourd’hui, c’est la citation du livre de Zacharie par Matthieu dans l’évangile du début de la liturgie des rameaux : « Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse... » Notre Dieu vient vers nous, en humble place.
En écho à cette phrase, la première lecture du chant du serviteur d’Isaïe : « Le Seigneur Dieu m'a ouvert l'oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé… je sais que je ne serai pas confondu. » Le Serviteur, c’est Celui dont nous entendions il y a trois semaines qu’il se nourrit de faire la volonté du Père, Celui que nous verrons jeudi les reins ceints, laver les pieds de ses disciples.
Le disciple, c’est précisément celui qui se met à l’écoute. C’est ainsi que commence la règle de Saint Benoit : « Écoute, mon fils, les préceptes du Maître et prête l’oreille de ton cœur ». Obéir vient d’un mot latin qui signifie « prêter l’oreille à quelqu’un ». Le disciple n’est pas plus grand que le maître, et le maître « s'est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix » nous dit Saint Paul dans l’hymne aux Philippiens qui est la deuxième lecture.
Nous avons de nos jours une difficulté particulière à entendre que le chemin de l’obéissance puisse être un chemin de vie. L’obéissance résonne pour nous comme une aliénation plus qu’un chemin de liberté. Et pourtant…
Aujourd’hui nous avons le programme de cette semaine à venir, qui constitue le sommet de l’année liturgique. Nous sommes invités à accueillir Celui qui vient vers nous en humble posture, à reconnaître en Lui la source de toute Vie.
Cette année, nous allons vivre cette semaine sainte comme nous ne l’avons jamais vécue, sevrés de toute célébration liturgique commune : pas de messe chrismale où l’Eglise diocésaine se rassemble autour de l’évêque pour la bénédiction des huiles qui serviront à la célébration des sacrements au long de l’année, pas de lavement des pieds, pas de célébration pénitentielle, pas de veillée pascale !
Cette période de jeûne eucharistique, d’impossibilité de se rassembler pour célébrer, n’est-elle pas l’occasion unique d’interroger notre rapport à ce qui nous manque, de creuser notre relation au Père et entre frères ? Car nul n’échappe à la tentation d’enfermer Dieu dans des rites, de domestiquer l’Esprit, d’étouffer la Parole. Ce carême liturgique est une occasion inattendue d’interroger notre faim de liturgie, notre rapport au sacré, notre soif de relation, de démasquer nos dérives idolâtres.
Le dépouillement auquel nous sommes contraints est une chance de réapprendre à faire Eglise à partir d’une parole qui nous met en route, d’une confiance nue, d’une fraternité éprouvée. Sinon, nous serons passés à côté de l’essentiel en cultivant les apparences d’une religiosité amputée de sa raison d’être : un peuple rassemblé !
Alors je nous souhaite une sainte semaine, sans nous laisser distraire de la Parole qui nous sera donnée, et que nous en sortions un peu plus disciples de Celui qui nous révèle dans son abaissement le vrai visage du Père.

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