Dernière mise à jour le .

Is 8, 23b à 9,3 ; 1 Co 1,10-13,17 ; Mt 4,12-23

Homélie de Bruno Millevoye, 26 janvier 2020, 3ème dimanche temps ordinaire année A
Nous sortons de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Cela me conduit à commenter la lettre de Paul aux Corinthiens (1Co1, 10ss) où il est question des divisions dans l’Église. Le débat suscité par la parution du livre du Cardinal Sarah prenant position sur le sujet du célibat des prêtres suite à l’avis donné par le synode sur l’Amazonie montre l’actualité de ce sujet.
Nous pouvons nous interroger de la façon suivante : « Comment vivre en communion et a contrario dépasser nos divisions ? »
Un premier mot sur cette lettre qui nous plonge au cœur de la naissance de l’Église du Christ. Nous sommes dans les années 50. Paul écrit à une communauté qu’il a fondée. Il s’inquiète de différentes choses. Nous trouvons, au passage, dans cette lettre tous les sujets ordinaires et essentiels de notre vie d’Église : la diversité des dons, l’Eucharistie, la résurrection, l’amour… Elle se termine par ses mots : « je vous aime tous en Jésus-Christ. »
Une première réflexion en m’arrêtant sur la personne d’Apollos. C’est un juif d’Alexandrie en Egypte, converti par Aquilas et Priscille à Ephèse et envoyé officiellement à Corinthe pour soutenir la jeune communauté fondée par Paul. Il lui a donc succédé et il est probable qu’il parlait mieux que lui, ce qui n’est pas difficile puisque Paul n’a jamais eu la réputation de subjuguer les foules par ses discours.
On pourrait penser qu’il y a un conflit de personne, nourri par la jalousie. Or, il est probable que Paul écrit sa lettre d’Ephèse et qu’Apollos est avec lui. Paul lui demande d’aller à Corinthe, ce qu’Apollos refuse pour ne pas approuver le parti qui se réclame de lui. Cela veut donc dire que le conflit est largement provoqué non par les personnes invoquées, Paul et Apollos, mais par ceux qui se réclament d’eux.
C’est donc une première leçon. Dans un conflit, nous voyons facilement deux personnalités qui s’affrontent et se jalousent et inversement mais n’oublions pas que, par nos comportements et intérêts souvent cachés, nous pouvons provoquer ou au moins attiser un conflit en manipulant les uns contre les autres. La charge de l’unité, la conviction que nous avons un seul parti est de la responsabilité de chaque membre de l’Église.
Regardons maintenant ce que propose Paul pour sortir de la division. Deux mots clés : la Croix et l’Évangile. Je reformule ainsi ce que dit Paul : Nous sommes chargés de l’Évangile pour que la Croix du Christ ne soit pas vaine.
Quel est le sens de la Croix ?
Partons de nos souffrances, quelles qu’en soient l’origine : situation personnelle, familiale, professionnelle, ecclésiale. La souffrance est une épreuve qui provoque un mal être, parfois le découragement, la tristesse, la rancœur, la jalousie. Elle peut conduire à la haine.
Pour sortir de cet état, nous croyons pouvoir compter sur le Christ : « relève-toi d’entre les morts. » Mais comment ? Par la Croix, nous dit Paul. Pourquoi ?
Parce que sur la Croix, le Christ subi l’épreuve comme nous, souffre comme nous, est en danger de basculer dans des sentiments mauvais comme nous. Sur la Croix, le Christ est proche de ce que nous vivons de plus difficile.
C’est la raison pour laquelle Paul parle de le Croix, ne cesse de répéter que nous sommes sauvés par la Croix. Pas pour faire l’apologie de la souffrance, pas pour rajouter de la souffrance à la souffrance dans un jeu morbide mais parce que là, le Christ nous rejoint et peut nous donner la puissance que nous n’avons pas de nous relever, d’être entraîné vers le haut, d’entrer dans un processus de résurrection.
Je vous propose une image qui est un peu légère par rapport à ce sujet mais je me risque. C’est celle de l’ascenseur. Vous voulez monter au sommet ? Il faut prendre l’ascenseur et il est au rez-de-chaussée. Nous voulons nous relever avec le Christ, il faut aller jusqu’à sa Croix.
Mais alors comment fonctionne cet ascenseur ? Comment être saisie par la folie de la Croix ? Comment ne pas en rester à un discours abstrait, éloigné de notre existence ?
Grâce à l’Évangile. Je m’explique sur ce 2ème mot clé.
L’Évangile, c’est la sagesse divine, qui n’est pas une sagesse humaine, qui va nous permettre d’entrer dans la folie de la Croix. L’Évangile, c’est le langage de Dieu, le langage de celui qui est capable de venir nous chercher en enfer pour nous élever au ciel.
Pourquoi ce n’est pas une sagesse humaine ? Parce que notre sagesse est limitée. Elle n’est pas mauvaise mais limitée. Le langage de l’Évangile nous met dans une perspective qui est sans limite.
Ce langage, nous pouvons l’apprendre à partir de quelques textes (Nouveau testament), préparés par d’autres textes (Premier testament), soigneusement gardé par une institution qui s’appelle l’Église et qui n’a de raison d’être que de faire entendre cet Évangile, cette bonne nouvelle qui nous appelle à aller à la Croix du Christ pour nous relever.
Nous pouvons apprendre ce langage chaque dimanche, chaque jour de la semaine à la messe, dans nos groupes de réflexion quand nous méditons, réfléchissons, cherchons à comprendre l’Évangile et à le mettre en pratique.
A ce moment-là de mon exposé, un exemple serait le bienvenu. Mais l’exemple, c’est chacun de nous qui ose se laisser prendre par l’Évangile, qui comprend que quelque chose devient possible, qui aussitôt après se dit que ce n’est qu’une illusion, que c’est une folie et qui s’appuie sur un frère, une sœur qui lui dit : mais non ce n’est pas qu’une illusion, en tout cas, je fais la même expérience que toi. Et puis en voilà un troisième et l’ascenseur démarre. C’est cela l’Église, c’est pour cela que nous devons lutter contre la division, rechercher la communion.
Pour conclure, un petit résumé et deux mots « aide-mémoire. »
Ce qui suit est largement inspiré de commentaires de Maurice Zundel, prêtre catholique.
Sur la Croix, c’est Dieu qui fait contre poids du même poids de la souffrance. Si nous restons à la croix, nous découvrons que la source de cette souffrance, c’est l’amour, le choix libre de Dieu d’être là. Et alors, le poids devient source de vie comme un trébuchet. Nous sommes catapultés de la mort à la vie.
L’Évangile est au service de ce passage du bord du chemin à la Croix puis dans la communion avec le Christ nous fait basculer de la mort à la vie.
L’Évangile, c’est le langage de Dieu, folie pour les hommes qui nous conduit à la Croix de Jésus. La Croix de Jésus, c’est l’amour éternel de Dieu qui nous relève.
Deux mots clés comme aide-mémoire : Pour et avec.
« Pour » parce que l’Évangile est pour nous ; « avec » parce que, par la Croix, le Christ est avec nous.
Quand dans notre manière de parler et d’agir, nous nous obligeons à mettre du pour et du avec, alors le langage de la Croix devient un langage ordinaire, une nouvelle manière de penser et d’agir, une bonne nouvelle, un Évangile.

Pingbacks

Les pingbacks sont fermés.

Commentaires

Les commentaires sont fermés.