Dernière mise à jour le .

Is 42, 1-4.6-7 ; Mt 3, 13-17 Année A

Je voudrais souligner deux points l'un plus théologique qui touche à l'intelligence de la Foi, l'autre plus spirituel de l’ordre de notre relation à Dieu et au monde.
Concernant le premier point, nous avons fêté Noël, reconnaissant dans l’enfant de la crèche notre Sauveur, nous avons ensuite fêté l’épiphanie où avec les mages, le monde entier était convoqué et concerné par cette naissance et nous allons fêter le 2 février la présentation de Jésus au temple. Pourquoi interrompre ce déroulé chronologique de la vie du Christ avec cette fête du Baptême qui n'intervient qu'au début de sa « vie publique » et clôture le temps de Noël ? C’est qu'il y a un lien théologique entre Noël, l’Epiphanie et le Baptême du Christ.
Pour les premiers chrétiens, si on lit les premières annonces dans les actes des apôtres, ou les textes les plus anciens de Paul, c’est par sa résurrection par Dieu que Jésus était institué comme Sauveur. Si nous prenons le début de l’évangile de Marc, écrit entre 65 et 70, il commence par le ministère de Jean le Baptiste, et le baptême de Jésus qui l’établit comme le Messie. Chez Matthieu, écrit entre 80 et 90, c’est l’épiphanie et la visite des mages qui atteste de l’identité messianique de Jésus. Luc remonte plus loin, à l’annonciation et sa généalogie inscrit Jésus dans une filiation qui remonte à Adam. Jean, enfin, le plus tardif des évangiles, remonte à l’origine, avant que le monde fût créé, le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. On voit qu’il a fallu du temps pour interroger le lien de Jésus à son Père et remonter progressivement plus loin dans cette compréhension. Il a fallu des dizaines d’années pour que d’une annonce qui se réduisait à la mort et la résurrection, on arrive à la rédaction des évangiles de l’enfance dont la portée est plus théologique qu’historique parce qu’ils témoignent d’une avancée dans la compréhension de qui était Jésus. Et il fallut des siècles pour parvenir à l’énoncé de la Foi tel que nous l’avons reçu concernant l’incarnation.
C’est ainsi que les premiers conciles œcuméniques de Nicée puis de Constantinople ont précisé les mots que nous disons dans le Credo à propos de Jésus-Christ, fils unique de Dieu « engendré, non pas créé, de même nature que le Père, et par Lui tout a été fait ». Le Christ n’est pas un homme exceptionnel adopté comme Fils par Dieu, il est Dieu qui a épousé notre humanité. Toute théologie est d’abord pour nous christologie, c’est-à-dire manière de rendre compte de l’histoire entre Jésus et Dieu qu’il nommait « Père ». Et chacun de nous est invité à refaire ce chemin et se coltiner pour lui-même cette question : pourquoi je proclame Jésus Sauveur ? Et nous ne pouvons faire complètement l’économie de cet effort d’intelligence de la Foi, dans le monde et la culture qui sont les nôtres pour rendre compte de l’espérance qui est en nous.
Mais en même temps, l’intelligence de la Foi nous renvoie aussi à un mouvement dans lequel nous nous inscrivons humblement, que nous recevons et par lequel patiemment nous entrons dans un mystère qui nous dépasse. C’est ce qu’on appelle la Tradition, qui n’est pas figée, mais est ce long chemin par lequel cette Bonne Nouvelle est arrivée jusqu’à nous, a été comprise, interprétée, pour qu’à notre tour nous puissions la recevoir et prendre le risque de la reprendre à notre compte dans le langage et la culture qui sont les nôtres. Et dans cet héritage qu’est la Tradition, il y a la liturgie, qui année après année, nous fait refaire un chemin, que nous sommes invités à habiter, pour nous laisser peu à peu habiter nous-mêmes par une compréhension pas d’abord intellectuelle, mais qui rejoint cette mèche d’espérance qui faiblit au fond de nous et que le serviteur de Dieu n’éteint pas. Nous sommes invités à vivre la liturgie comme un chemin qui nourrit l’espérance fragile qui nous habite.
Il nous revient de rendre compte aujourd'hui de cette révélation dans un langage accessible pour ce temps et qui résonne comme une bonne nouvelle ! Aujourd’hui les textes nous disent deux choses essentielles à propos de Jésus : il est Celui qui a reçu l’onction, c’est-à-dire le Messie, et par cet Esprit qu’il a reçu, il prend soin de ce qui est fragile : le roseau qui fléchit, la mèche qui faiblit ; mais Lui ne fléchit pas, ne faiblit pas. Mais plus encore que ce soin qu’il prend de ce qui est fragile, il prend sur lui les péchés de l’humanité en se faisant baptiser par Jean : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice ». Jésus qui est sans péché, prend sur lui la totalité du péché pour « accomplir toute justice ». La croix est déjà en perspective dans ce geste symbolique : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu » écrit Paul aux Corinthiens. C’est seulement en prenant sur lui nos péchés que Dieu peut concilier la justice et la miséricorde. De cette solidarité avec l’humanité pécheresse qu’exprime Jésus au moment de son baptême, nous pouvons au-moins retenir un point essentiel : on ne s'approche jamais de Dieu en se désolidarisant des autres hommes comme le pharisien de la parabole qui rendait grâce "parce qu'il n'était pas comme les autres hommes". Jésus nous dit que cette prière n'est pas convenable. Et la solidarité vécue avec ceux qui sont réprouvés est une annonce explicite pour notre temps de la Bonne Nouvelle de l’Evangile, une annonce en actes. La Constitution sur l’Eglise dans le monde de ce temps du Concile Vatican II dit que « la communauté des chrétiens se reconnaît (…) réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire ». L’Eglise annonce le Christ en mettant ses pas dans les siens.
Alors à la suite de Jésus, rendons grâce d'être précisément comme les autres hommes, ni plus, ni moins, un parmi d'autres. Et il n'est parfois pas trop de toute une vie pour découvrir simplement la joie dans cette humble inscription anonyme au cœur de l'humanité rachetée. Que notre communion à son corps et à son sang nous inscrive à sa suite comme serviteurs de l’humanité qu'il a épousée.

Pingbacks

Les pingbacks sont fermés.

Commentaires

Les commentaires sont fermés.