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Année A 3ème dimanche de l’Avent : Is 35, 1-6a.10 ; Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11

Dans l’évangile que nous venons d’entendre, Jean-Baptiste est au fond de sa prison, les choses ont mal tourné pour lui. Dimanche dernier il vitupérait contre les pharisiens et les saducéens, et annonçait Celui qui vient derrière lui mais est plus grand que lui, mais là, du fond de sa cellule, il interroge : es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? Cette question n’est-elle pas la nôtre ? Peut-être pensez-vous : mais non, si nous sommes là, c’est parce que nous croyons que Jésus est bien Celui que le peuple d’Israël attendait, le Messie. Mais dans sa relecture de ces textes de l’Avent, Bruno (l’autre) posait ainsi la question à propos de ce dimanche : que se passe-t-il quand ce qu’on espère ne se réalise pas ? Et dit comme cela, qui d’entre nous ne se sent pas rejoint par cette question ? Nous célébrons l’attente de l’accomplissement de la Promesse, nous proclamons que ce monde est sauvé, et nous faisons cependant au quotidien l’expérience d’une réalité désespérante : il n’est qu’à voir l’avenir de la planète et tout ce qui d’ores et déjà apparaît irréversible dans les conséquences de nos excès. Nous-mêmes ne sommes nous pas désespérants dans l’incurie de nos comportements qui continuent sans prendre la mesure de l’urgence ? Et tant autour de nous qui attendent des papiers, un travail, la guérison, une visite… et ne voient rien venir. Combien seront seuls à Noël ?
Ce troisième dimanche de l’Avent appelé « de gaudete » nous invite à la joie, et la lecture d’Isaïe est bien sur ce registre. Mais quelle est cette joie qui n’est pas illusion, ne prend pas ses désirs pour la réalité, n’est pas au pays des bisounours, ne fait pas l’impasse sur toutes les attentes déçues qui nous habitent ou nous entourent ? L’interrogation de Jean-Baptiste nous cueille au creux du doute, mais d’un doute fécond qui nous invite à creuser davantage notre attente, à aller plus loin dans l’espérance.
« Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez » : cette réponse nous renvoie à ce que le Concile Vatican II appelait « discerner les signes des temps ». Alors pour reprendre les mots de l’avant-propos de « Gaudium et spes » la constitution du Concile sur l’Eglise dans le monde de ce temps : au-milieu « des joies et [des] espoirs, [des] tristesses et [des] angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent », savons-nous discerner les signes du Royaume qui vient ?
Il ne s’agit pas d’ignorer la réalité désespérante dans un optimisme béat. Nous sommes en tension entre notre attention lucide au malheur du monde et l’espérance de la promesse que nous avons reçue, qui nous dit que ce monde est sauvé. Il nous faut habiter cette tension. C’est comme les cordes de la guitare de Vincent ou du violon d’Ambroise, ce n’est que si nous sommes en tension que le souffle de l’Esprit pourra nous faire vibrer à la louange du Père. L’attente à laquelle nous sommes invités est une exigence spirituelle qui nous maintient en tension pour laisser résonner une note d’espérance, pour lire les signes des temps comme un commencement, comme une sage-femme attend l’accouchement, voir le monde en enfantement.
La réponse de Jésus aux émissaires de Jean fait écho à la prophétie d’Isaïe : « Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent » et elle va même au-delà : « les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ! » C’est sans doute la clé qui éclaire cette affirmation que si personne n’est plus grand que Jean parmi ceux qui sont nés d’une femme, le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. Souvenons-nous : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous » . « Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu » . » « Celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas . » Les derniers seront les premiers, le plus petit est plus grand, c’est la logique du Royaume de Dieu. Il s’agit pour nous seulement d’accueillir une gratuité, sans se comparer. Essayons juste d’être plus petits pendant ce temps de l’Avent pour accueillir la grâce, pour être cette petite corde fragile et tendue qui donnera une note de joie à la veille de Noël.

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