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Evangile de Luc 14,1.7-14

22ième dimanche TO C
Homélie de Bruno Millevoye

En préambule à mon commentaire de cet évangile (Luc 14,1.7-14) qui se développe autour de la table, je constate que nous n’invitons pas tous de la même manière : les uns comptent, d’autres ne comptent pas. Ceux qui comptent, comptent le nombre d’invités ou la quantité de nourriture ou les deux. Je remarque que plus on a des biens, plus on compte. Quand on est pauvre, on ne compte pas car on n’a rien à compter.
J’en viens à l’enjeu de l’enseignement de ce jour qui me semble être le suivant : Est-ce qu’il y aura une place pour moi. L’enjeu est celui de mon existence. Sans place, sans espace, on ne peut pas exister. A cela, on peut ajouter une question tout aussi essentielle : aurais-je une bonne place ?
Cet enjeu existentiel l’est tout autant pour un papa ou une maman qui s’interroge sur la place de son enfant à l’école, que pour un étudiant, un lycéen, un collégien, une personne en recherche d’un emploi. C’est vrai aussi de la place qu’on aimerait prendre dans le cœur de quelqu’un, de la place qu’on pense avoir dans ce monde…
Cet enjeu est suivi d’un autre enjeu : quand j’aurai la place que je désirais, qu’est-ce que je ferai ? On a réussi ces études et puis après. On a un métier bien rémunérateur et après ?
Le contexte du discours de Jésus est donc celui d’un repas. Jésus a provoqué son auditoire en opérant une guérison alors que c’est le jour du sabbat.
Il dit cette parabole qui est construite autour d’un proverbe : « celui qui s’élève sera abaissé et celui qui s’abaisse sera élevé. »
Avant ce proverbe, le cas d’une personne invitée au repas et après, le cas d’une personne qui invite au repas.
En commençant par décrire l’attitude de celui qui est invité, la parabole nous interroge sur notre attitude avant de juger de celle des autres. Il y a quelque chose de très humain de se dire quand ça ne va pas : qu’est-ce qu’on n’a pas fait pour moi ? Ici, nous sommes interrogés sur notre propre attitude : quelle place vas-tu prendre ? Quel choix vas-tu- faire ?
Celui qui nous est proposé est de prendre la dernière place de sorte à pouvoir recevoir la première et non la prendre. Cet état d’esprit, cette sagesse valorise le don que je vais recevoir et non la possession : au lieu de prendre, je reçois !
Il me semble que lorsqu’on fait des études, on va chercher un savoir mais quand on accepte de le recevoir avec confiance, d’un autre, le bénéfice est meilleur. Si je prends sans recevoir, je risque de ne rien apprendre autre que ce que je sais déjà.
Mettons-nous maintenant dans la position de celui qui invite.
La parabole nous alerte sur l’incroyable capacité de que nous avons d’agir en calculant et pour nos intérêts. Nous calculons avec subtilité mais cette subtilité n’empêche pas qu’à la fin nous avons arrangé le monde à notre image avec ceux qui nous ressemblent, tout en maitrise, au lieu de nous laisser faire.
La parabole est cohérente et développe la même logique que pour l’invité : nous laisser faire et pour cela inviter ceux que nous ne risquons pas d’inviter par intérêt : les pauvres. Ils n’ont rien à nous donner. Avec eux, nous entrons dans le domaine de la gratuité qui ouvre au don, qui ouvre à Dieu.
A ceux qui agiraient ainsi, Jésus ne dit pas : tu as bien agi, tu as fait ton devoir. Non : « heureux seras-tu parce qu’ils n’ont rien à te donner à ton retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. » Nous comprenons que la sagesse qui nous est enseigné est bien d’abord d’ordre existentiel : nous apprendre à vivre et à recevoir une vie en vue du Royaume, selon la justice de Dieu, celle que Jésus enseigne.
Nous avons là une bonne définition de l’humilité qui n’est pas de s’abaisser pour disparaître mais de s’abaisser pour s’élever en pratiquant la sagesse que Jésus enseigne, où le juste n’est pas celui qui prend la place mais qui la reçoit.
Ce temps de rentrée est très profitable pour s’entraîner à cette sagesse, cette façon d’être juste selon Jésus. Nous aurons une place, pas celle que nous espérions mais est-ce si important… Nous allons nous dire : celui-là, il est bien, commencer à trier… Nous pourrons alors penser autrement, ne pas sélectionner, inviter sans arrière-pensées, aller vers et recevoir ce qui n’était pas prévu.
La sagesse de Jésus est une sagesse qui se pratique.

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