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Trinité Année C : Proverbe 8, 22-31 ; Psaume 8, 4-5, 6-7, 8-9 ; Romains 5, 1-5 ; Jean 16, 12-15

La sagesse peut être aujourd'hui une figure attirante dans un monde qui peut nous sembler en folie, un monde où nous laissons l'extérieur envahir notre intérieur, où nous nous laissons en quelque sorte voler notre intériorité. Alors, le « développement personnel », le zen, le bouddhisme, les sagesses orientales attirent de plus en plus de personnes qui se cherchent dans des voies plus exotiques que la religion de leur enfance, quand il y en a eu une !
Israël aussi en son temps, était entouré de sagesses orientales diverses et a cultivé en son sein cet art de vivre, ce regard distancié sur le monde et les aléas de la vie, pour pouvoir affronter ce sur quoi bute l'esprit : la souffrance, la mort, sans être submergé par le non-sens. Cette sagesse, resplendissante aux yeux des nations dans la figure de Salomon, revêt aussi la figure de la Loi et vient de Dieu. « Le Seigneur m'a faite pour lui au commencement de son action, avant ses œuvres les plus anciennes » entendions-nous dans la première lecture.
Cette recherche de la sagesse comme don de Dieu aboutit progressivement dans l'Ancien Testament à une personnification de la Sagesse de Dieu comme dans le texte que la liturgie nous donne aujourd'hui à entendre : « lorsqu'il établissait les fondements de la terre, j'étais à ses côtés comme un maître d'œuvre. J'y trouvais mes délices jour après jour, jouant devant lui à tout instant, jouant sur toute la terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes ».
Les auteurs inspirés du Nouveau Testament ont reconnu dans cette personnification de la Sagesse de Dieu une figure du Christ. Lui-même du reste semble s'être reconnu dans cette figure. Ainsi dans l'évangile de Luc que nous lisons cette année, au chapitre 7, il dit : « Jean le Baptiste est venu ne mangeant pas de pain, ni ne buvant de vin, et vous dites : « Il est possédé ! » Le Fils de l'homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites : « Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pêcheurs ! » Et la sagesse a été justifiée par tous ses enfants. »
Et c'est précisément le renversement de la révélation chrétienne. Les scribes qui sont les maîtres de sagesse ne reconnaissent pas la sagesse de Dieu et les publicains et les pêcheurs sont désignés comme « ses enfants ». Ainsi au chapitre 11 de Matthieu : « En ces temps-là Jésus prit la parole et dit : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela à des sages et à des intelligents et de l'avoir révélé à des tout-petits ». Les tout-petits, nous pouvons nous demander aujourd’hui qui ils sont, si nous en sommes, mais si l’on en croit l’épitre de Paul aux Corinthiens, ils constituaient aussi les premières communautés chrétiennes : « Aussi bien, frères, leur écrit-il, considérez votre appel : il n'y a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup de gens bien nés. Mais ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages ; ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort… ». Le film Lourdes qui est sorti il y a quelques semaines montre cette réalité aujourd’hui. Un gitan dit à un moment dans le film : ici c’est comme il y a deux mille ans autour de Jésus : des boiteux, des prostituées, des paralysés : ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre la sagesse de ce monde.
La clé de ce renversement c'est la folie de la croix qui est le sommet de l'amour auquel a consenti la Sagesse de Dieu. Et au cœur du mystère de la croix, il y a le mystère de la Trinité que nous fêtons aujourd'hui, car il est impossible de rendre compte du mystère de la croix sans entrer dans celui de la Trinité, et réciproquement la croix apparaît comme le lieu théologique par excellence à partir duquel méditer sur la Trinité. Car la Trinité n’est pas un concept, une équation impossible qui dirait la réalité de Dieu tel qu’il est en lui-même. Et où nous situerions-nous pour tenir sur Dieu un discours théorique comme d’un objet que l’on considère en surplomb ? Nous ne pouvons parler de Dieu que tel qu’il se révèle à nous dans l’amour qu’il nous manifeste et c’est la croix et elle seule qui conduit à percevoir ce mystère de la Trinité dans la révélation de cet amour absolu.
Que faut-il désapprendre de notre illusion de sagesse qui est folie aux yeux de Dieu pour être convertis à la folie de la croix ? C’est ainsi que nous pouvons entendre la parole de Jésus aux disciples : « J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant, vous n'avez pas la force de les porter ». Souvenons-nous qu'à l'Ascension, les apôtres rêvaient encore de restaurer la royauté en Israël. Mais nous-mêmes, ne sommes-nous pas comme eux quand nous considérons ce qu'il y a de fou, ce qu'il a de faible dans le monde, avec le regard de ce monde.
S'il y a une sagesse chrétienne qui peut être en dialogue avec les sagesses du monde, elle ne peut sans se renier perdre son enracinement dans ce retournement crucial, elle ne peut être en complaisance avec ce qui dans le monde tient pour méprisable ceux que la Sagesse de Dieu a désigné comme ses enfants. Quelques jours après la Pentecôte, nous pouvons demander cette grâce que l'Esprit transforme notre regard pour reconnaître la Sagesse de Dieu dans le plus faible, les plus petits, ceux dont la Foi peut réveiller ou stimuler la nôtre, confiants que, comme dit Paul, l'espérance ne trompe pas.

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