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Ac 5,27b-32,40b-41 Ap 5,11-14 Jn 21, 1-14

Relisons ensemble cette page d’évangile pour discerner dans nos vies les signes de la présence du ressuscité. Les disciples sont au bord du lac, au point de départ pour ainsi dire, là où tout a commencé, où l’appel initial les a cueillis. Ils sont là semble-t-il comme si rien ne s’était passé. Simon-Pierre dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils sont tous là, ils sont là « ensemble » nous dit le texte. Et comme la première fois, « cette nuit-là, ils ne prirent rien ». Alors parait un inconnu sur la rive qui leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Etonnante et familière invective à laquelle ils répondent simplement : « Non » et il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Alors on voit que contrairement à ce qu’on était tentés de croire, rien n’est plus comme avant. Car dans le récit que nous avons entendu cette année chez Luc, Pierre répliquait « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais sur ta parole, je vais jeter les filets ». L’autorité de celui qui avait enseigné depuis sa barque l’emportait sur son expérience de pêcheur. Ici la parole d’un inconnu lancée depuis le rivage les trouve disponibles et sans résistance. Ils ne sont plus tout à fait les mêmes qu’avant de partir à sa suite sur les routes de Galilée. Nous pouvons déjà retenir cela : marcher à la suite du Christ rend disponible à l’accueil de l’inconnu.
Alors comme la première fois, l’inattendu survient et le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » La présence du ressuscité est reconnue à un événement qui fait signe. N’en est-il pas de même dans nos vies quand nous nous rendons disponibles et nous nous laissons surprendre ? Et Jean croit utile de nous préciser qu’avant de se jeter à l’eau, Pierre passe une tunique car il était nu. J’entends en écho, le texte de la Genèse au jardin lorsque l’homme a perdu la confiance qui habillait sa relation à son créateur et se met à avoir peur devant lui et se cache parce qu’il est nu. C’est à ce même Pierre précisément que par trois fois à la fin du texte Jésus va poser une question insistante.
Mais avant cela les autres disciples le rejoignent, lui qui s’est jeté à l’eau pour le rejoindre avant tout le monde. Et lorsqu’ils arrivent, ils voient un feu de braise avec du poisson dessus. Pourtant Jésus leur dit : « apportez de ces poissons que vous venez de prendre ! » Le repas avec lui ne saurait se passer de ce que nous apportons. Et aucun des disciples n’osait lui demander « qui es-tu ? », ils savaient que c’était le Seigneur, nous dit le texte. Etonnante connaissance intérieure d’une réalité qui ne saute pas aux yeux. La présence du ressuscité ne s’impose pas, elle relève d’une rencontre dont les apparences laissent une place à la confiance, il n’y a d’évidence que pour un cœur disponible à l’inattendu.
Vient alors ce dialogue avec Pierre dont la triple demande fait écho au triple reniement lors de la passion. Mais la traduction française en gomme les nuances. Il y a trois mots en grec pour amour : éros, chacun voit à quoi cela renvoie, philos, l’amour d’amitié, et agapè, le plus utilisé dans le nouveau testament, mais qui était plutôt marginal en grec. La question posée par Jésus à Pierre est : « ἀγαπᾷς με πλεῖον τούτων ? » M’aimes-tu plus que tous ? Mais agapê c’est l’amour même qui procède de Dieu, c’est l’amour-don, c’est l’amour auquel nous sommes appelés dans l’Esprit-Saint que nous avons reçu. Et Pierre lui répond : « σὺ οἶδας ὅτι φιλῶ σε » C’est un peu comme si un jeune homme ou une jeune fille demandait à l’élu de son cœur « est-ce que tu m’aimes plus que tout ? et qu’il lui réponde : oui, tu sais bien que je te trouve sympa ! Ça refroidit. Cependant la réponse de Pierre est juste, car avant de renier il avait dit : « Je donnerai ma vie pour toi » et donner sa vie par amour est bien de l’ordre de cet amour que désigne le mot agapê. Mais sa langue avait été plus prompte que ses actes. Alors pour la deuxième fois Jésus repose la même question, dans les mêmes termes : ἀγαπᾷς με ? Et pour la deuxième fois, Pierre répond « φιλῶ σε , je t’aime d’amitié ». Plutôt que de répéter l’impétuosité d’une parole qu’il n’est pas capable de tenir, il s’engage au point où il en est. Alors la troisième fois, la question de Jésus est différente : φιλεῖς με ? Jésus le rejoint au point où il en est. On peut s’étonner qu’il lui demande alors de répéter ce que par deux fois Pierre vient déjà de lui dire. Et Pierre en est peiné, mais cette troisième réponse sera à la hauteur de la question. Jésus l’a rejoint, sa demande s’est ajustée à la réponse que Pierre pouvait donner. Comme s’il fallait cet ajustement pour que Pierre puisse recevoir l’appel qui s’ensuit, à lui donner sa vie précisément : « quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller ». Il peut recevoir d’un autre la grâce d’aimer d’une manière dont de lui-même il ne serait pas capable.
Car l’amour-don, l’agapè, est toujours une grâce reçue, jamais le fruit de notre effort. Nous sommes ainsi invités à ajuster notre réponse à l’appel de Celui qui nous rassemble, à la mesure de la parole que nous pouvons engager avec notre chair, sans présomption, sans tricher. Alors dans cette humilité, nous pourrons recevoir la grâce de nous laisser conduire par un autre là où notre volonté propre ne nous aurait jamais menés et nous y trouverons la joie !

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