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Année C, avent, 3ème dimanche : Sophonie 3, 14-18 ; Psaume : Isaïe 12, 2, 4bcde, 5-6 ; Philippiens 4, 4-7; Luc 3, 10-18

« Le peuple était en attente », nous dit Luc en racontant cette scène autour de Jean-Baptiste au bord du Jourdain. Nous voyons autour de nous beaucoup de femmes et d'hommes en attente. Certains attendent un logement, depuis trop longtemps souvent. D'autres attendent des papiers. Chacun en connaît qui attendent du travail, quand d'autres attendent la retraite. Il y en a qui attendent l'âme sœur, quelqu'un avec qui partager un quotidien trop pesant tout seul. Des enfants attendent peut-être seulement les vacances. Des prisonniers attendent leur libération ou simplement une visite. Des malades attendent la guérison, parfois un miracle. Des parents attendent un signe de vie d'un enfant disparu. Beaucoup de familles pauvres attendent la fin du mois et le versement d'une allocation ou la paye pour souffler un peu.
Où sommes-nous parmi ce peuple en attente ? Quelle est notre attente ? Il n'est peut-être pas si aisé de répondre à cette question, mais ce temps de l'Avent est l'occasion de prendre le temps de se la poser. Quelle attente réelle occupe mon esprit ces temps-ci ?
On peut attendre des choses futiles ou superficielles qui nous distraient de l'essentiel. Nous savons que ces attentes laissent un vide dans nos vies. Leur satisfaction n'est que fugitive ou nous laisse déçus. Il y a aussi des attentes qui touchent à l'essentiel, à l'exercice de droits fondamentaux, ou à des biens spirituels sans lesquels on s'éteint comme une fleur fanée : la reconnaissance, l'amour, la confiance. Ces attentes là nous usent si elles durent trop longtemps, elles engendrent la désespérance. Il appartient à chacun de nous de contribuer à les écourter autant que nous le pouvons quand nous les rencontrons autour de nous. Et puis d'autres attentes nourrissent l'espérance, donnent un sens à nos vies même si elles doivent durer : c'est l'attente de la germination de la semence qu'on a enfouie en terre (on a tous fait l'expérience un jour de planter quelque chose et d'attendre que ça pousse), c'est l'attente du retour d'un être cher quand la confiance habille son absence, c'est l'attente d'un enfant. Ce sont ces attentes-là que la Bible évoque pour signifier l'attente de Dieu.
Car l'attente de Dieu ne peut avoir quelque réalité dans nos vies sans prendre racine dans les attentes que nous vivons, non pas celles qui nous dispersent, mais celles qui nous fortifient, celles où l'on se recueille, celles qui nous travaillent comme un enfantement. Et même dans celles où l'on s'use, où la désespérance menace... Un homme du quart-monde disait : « Moi je vais dans les églises quand elles sont vides et je parle à Celui qui est là, et je lui dis : pourquoi ma vie, à 45 ans, c'est 45 ans d'échec ? Et il ne répond pas ». L'amour est souvent blessé d'une attente trop longue. Si comme Paul l'écrivait aux Romains, « l'espérance ne trompe pas », Bernanos écrivait aussi que celui qui est installé dans l'espérance revient d'une aventure spirituelle où il aurait dû mille fois périr.
On appelle ce troisième dimanche de l'Avent «de Gaudete » et de fait, les deux premières lectures nous invitent à laisser éclater notre Joie.
Mais que serait cette joie si l'attente qui nous habite ne rejoignait pas celle de cet homme qui se heurte dans le secret à un ciel qui semble sourd ? Si nous ne sommes pas de ceux qui sont usés d'attendre, il est essentiel que notre attente soit en phase avec la leur pour que notre joie ne soit pas surfaite, pour que l'attente de Dieu nous habite et non pas quelque illusion spirituelle. Car il ne serait pas convenable quand la vie nous a « beurré la tartine » comme dit joliment un écrivain, que nous donnions des leçons d’espérance à ceux qui ont la vie dure, en leur servant un discours religieux convenu. Tout à l'heure à l'offertoire, nous apporterons toutes nos attentes en demandant qu'elles soient prolongées, creusées, enracinées dans celle d'un peuple en attente. Mais si nous ne nous racontons pas d'histoire, nous savons bien les uns et les autres que ce n'est pas toujours Dieu que nous attendons. Et si nous voulons accepter en ce temps de l'Avent de nous laisser un peu travailler par l'Esprit du Christ, il ne s'agit pas de faire semblant.
Regardons cette scène de l'évangile qui nous est proposée aujourd'hui. « Que devons-nous faire ?» demandent à Jean-Baptiste ceux qui viennent le voir, ceux qui sont en attente. De quoi ? Pas sûr non plus que ce soit de Dieu. Du messie, sans doute, mais qu'attendent-ils à travers ce messie tel qu'ils l'imaginent ? Sans doute un peu de tout, comme nous. L'étonnant de la réponse de Jean est de laisser une ouverture sans trancher. On s'attendrait à ce qu'il invite le collecteur d'impôt à trouver un job plus convenable que d'engraisser l'occupant sur le dos du peuple. L'essentiel de sa réponse est de laisser place à l'irruption de l'inattendu, ne pas devenir l'otage de sa fonction, que le soldat ne se laisse pas prendre au piège du peu de pouvoir qu’il peut croire avoir sur les autres. Comme si rester en attente était paradoxalement rester ouvert à l'inattendu. Mais l’inattendu reste à venir et Jean dit bien que ce n'est pas lui. Il me semble que c'est alors la clé d'une attente joyeuse qui intègre l'attente fatiguée de tous ceux qui autour de nous n'espèrent plus : être au cœur d'un monde en souffrance une brèche ouverte sur l'irruption d'un inattendu. Et je veux croire qu'à cette condition, « l'espérance ne trompe pas », car Il vient Celui qui surprendra toutes nos attentes. Ainsi soit-il !

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