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Baptêmes de Léo-Paul, Marcel et Gabriel

L’acte que nous posons aujourd’hui en baptisant Léo-Paul, Marcel et Gabriel n’est pas un acte magique qui les mettrait sous la protection de quelque puissance céleste. Il ne s’agit pas non plus seulement de les présenter à Dieu avec reconnaissance pour le don de la vie qui passe à travers vous ses parents. Si ce n’était que cela, il n’y aurait pas besoin de les baptiser. Quel est le sens du baptême dans la Foi de l’Église dans laquelle nous nous inscrivons en posant cet acte ?
Nous sommes sûrement les uns et les autres situés différemment par rapport à cette Foi que vous allez proclamer et dans laquelle nous allons baptiser Léo-Paul, Marcel et Gabriel. Les positions sont sûrement moins tranchées qu'on pourrait le penser, car il y a en chacun de nous de l'incertitude et l'envie d'espérer. Et nous nommons chacun cela avec des mots différents. Mais précisément parce que les énoncés que nous proclamons peuvent parfois cacher voire même faire obstacle à l’acte de Foi que nous sommes invités à poser ce matin et chaque jour, je voudrais vous inviter à réfléchir sur ce qu’est faire acte de Foi avant que nous fassions profession de Foi tout à l’heure avant de baptiser votre enfant.
Le premier acte de confiance que vous posez ce matin en venant dans cette église avec votre enfant, c’est que la vie est une Promesse. Dire qu’elle est une promesse, c’est poser radicalement au centre de notre vie cette confiance que la vie procède d’un amour absolu et inconditionnel qui en est à l’origine. Au plus intime de soi-même, chacune, chacun de nous accueille plus ou moins la vie comme porteuse d’une promesse, car au-delà d’une posture intellectuelle, il n’est simplement pas possible de vivre sans aucune foi en la vie, sans faire confiance à personne, en un mot sans amour, que nous le rapportions nommément à Dieu ou non. Chacune, chacun au plus intime de soi-même est habité par une promesse quels que soient les mots dont on l’habille.
Car la Foi n’est pas une somme de croyances auxquelles on comprend plus ou moins quelque chose et qui nous rassureraient plus que ceux qui ne l’auraient pas. La Foi n’est pas quelque chose que l’on a, qu’on possède et qu’on pourrait perdre un beau jour comme on perd ses clés. La Foi est une manière d’être au monde rapporté à cet amour originel qui le fonde. La Foi est risque, aventure, audace. Cette confiance que vous allez proclamer tout à l’heure, parents, parrains et marraines et tous ceux qui s’y reconnaissent, elle se réalise concrètement de trois manières. D’abord en accueillant la Vie telle qu’elle advient pour moi, en l’accueillant comme don de cet Amour qui en est à l’origine, car l’amour ne se donne que dans le réel. L’Amour se donne dans ce qui advient pour moi, y compris dans les épreuves que je voudrais éviter, elles aussi peuvent être porteuse d’une promesse.
Cette confiance se vit aussi dans la relation à l’autre tel qu’il se présente sur mon chemin, car chaque rencontre est occasion de donner corps à cet Amour qui est à l’origine de nos vies, la sienne comme la mienne. Enfin cette confiance se réalise dans l’audace de l’espérance, c’est à dire le risque pris d’engager notre liberté dans l’histoire avec cette confiance que cet Amour originel en est aussi le sens ultime, que l’Amour nous attend au terme de l’histoire, qu’il est ce vers quoi nous allons au-delà de cette vie, au-delà de notre mort, et que tout un jour sera récapitulé en Lui. L’accueil de la vie, la relation à l’autre, notre engagement quotidien pour un monde meilleur, plus fraternel, sont sans doute le lieu d’un combat. Nous ne sommes pas à chaque instant dans cette confiance, tantôt oui, tantôt non. Parfois le doute, le découragement ou la résignation prennent le dessus. Mais le choix du baptême est celui d’inscrire vos enfants dans ce dynamisme là et que leur vie soit porteuse de cette promesse.
Ainsi la Foi de l’Eglise dans laquelle nous nous inscrivons et que nous allons proclamer tout à l’heure prend-elle sens à la lumière de cette foi en acte qui traverse nos vies. Parce que nous croyons que cet Amour absolu qui est à l’origine et au terme de l’histoire à un Nom et qu’il veut faire Alliance avec nous. C’est un mot essentiel, s’agissant du baptême, l’Alliance, cette Alliance inscrite dans ce grand récit de la Bible qui raconte l’humanité avec le meilleur et le pire. Mais surtout, cette histoire qu’est la Bible est une histoire d’Alliance, toujours rompue, toujours renouvelée, et qui en Jésus-Christ, trouve son accomplissement dans le don de sa vie jusqu’au bout par amour. Avant la confiance que nous sommes invités à oser jour après jour, il y a d’abord la confiance toujours renouvelée que Dieu lui-même met en chacune et chacun de nous.
Baptiser votre enfant, c’est l’inscrire dans cette Alliance à la suite de Jésus. En sera-t-il plus tard le témoin ? Que fera-t-il de ce cadeau que vous lui faites aujourd’hui ? Cela lui appartiendra, et à vous un peu aussi. Au-delà de la difficulté d’adhérer au sens profond de l’acte que vous posez aujourd’hui pour votre enfant, il sera difficile de lui transmettre ce sens tout seuls. C’est forcément en lien avec d’autres qui en vivent que ce passage de témoin pourra se faire, et encore sommes-nous modestes et pauvres devant cette perspective, je le sais comme parent. Mais ce que nous transmettons avec certitude à nos enfants comme héritage spirituel, c’est ce qu’ils nous voient vivre en vérité, car nous sommes trop proches et familiers pour pouvoir tricher avec eux, pour pouvoir leur mentir sur ce que nous sommes. Ce qu’ils vous verront vivre dans votre rapport à la vie, aux autres, votre espérance engagée dans l’histoire pour y faire advenir plus d’amour, cela leur ouvrira la voie pour qu’avec l’aide d’autres chrétiens ou non, ils puissent peut-être comprendre un jour ce que nous faisons pour eux aujourd’hui. Ainsi-soit-il.

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