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Ascension du Seigneur : Actes 1, 1-11 ; Psaume 46 ; Ephésiens 4, 1-13 ; Marc 16, 15-20

La fête de l’Ascension risque de nous égarer vers le sensationnel et de susciter des questions qui n’ont pas lieu d’être sur la réalité physique de ce que nous serions tentés de prendre pour un phénomène sensible. La première chose à nous rappeler aujourd’hui c’est donc qu’en fait Pâques, l’Ascension et la Pentecôte sont un seul et même événement, que nous fêtons en trois fois pour bien en comprendre le triple sens. Chez Jean d’ailleurs dans les récits de résurrection le Christ ressuscité se manifeste aux disciples et souffle sur eux en leur disant : recevez l’Esprit-Saint ! La résurrection du Christ ouvre le temps de l’Église et son absence laisse la place à une présence nouvelle que nous sommes invités à signifier au monde.
La fête de l’ascension souligne donc le fait que nous entrons dans le temps d’une l’absence : le texte des Actes et l’évangile de Marc disent l’un comme l’autre qu’il a été « enlevé ». Mais cette absence n’est pas le deuil d’un être cher disparu : nous la fêtons dans la joie comme l’atteste le psaume qui répondait à la lecture des Actes. Et la fête de la Pentecôte va souligner que le don de son Esprit fait de nous son corps. Notre relation au Christ ressuscité ne peut être du même ordre que la relation que les apôtres ont eue avec lui sur les routes de Palestine. « Ne me retiens pas », dit-il à Marie-Madeleine au matin de Pâques, mais « va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu . » (Jean 20, 17). Et chez Marc les anges disent aux femmes venues au tombeau de bon matin :« Il vous précède en Galilée. » Et aux apôtres dans le texte des Actes que nous avons entendu aujourd’hui les hommes en vêtements blanc disent : « pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? ».
Pour vivre la relation au Christ ressuscité, les textes nous invitent à habiter son absence comme un héritage, un envoi, et une promesse.
Un héritage, une identité, ce qui nous fonde en quelque sorte. Si le Christ nous désigne à travers les apôtres comme ses « frères » quand il s’adresse à Marie-Madeleine, c’est précisément parce que son passage vers le Père, fonde notre fraternité, avec lui et entre nous. L’image que nous pouvons avoir ici à l’esprit, c’est celle de l’accouchement : la tête du nouveau-né passe en premier et ensuite, dans la foulée, le corps vient avec. Nous sommes le corps du Christ, et avec Pâques, la tête est passée et a rejoint le Père où nous sommes tous attendus.

Mais cet héritage est un envoi et une responsabilité. Son esprit fait de nous son corps et « il n’y a pas d’autre sens ni d’autre preuve de la résurrection » (Didier Travier, Une confiance sans nom, essai sur la foi, éditions Ampelos, p. 63). Il nous revient de donner à voir le corps du ressuscité par son Esprit qui habite en nous. Dans l’évangile, Jésus nous laisse deux modes de présence après qu’il a quitté ses disciples : quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux, et : ce que vous faites aux plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous le faites. La vérité est que nous ne pouvons prétendre être réunis en son nom que pour autant que nous accueillons sa présence en celui qui est fragile, méprisé, rejeté, dehors. Nous serons toujours tentés de réduire ce corps dont parle Paul aux Ephésiens à l’institution de l’Eglise dans sa structure et son organisation. Mais l’Esprit déborde nécessairement l’institution et si nous l’oublions, nous en faisons un écran qui voile au lieu d’être un espace fraternel qui révèle : « chaque fois que nous trahissons l’esprit du Christ, nous faisons mentir sa promesse d’être avec nous jusqu’à la fin du monde » (Ibid).
Car cette responsabilité qui nous est confiée est aussi porteuse d’une promesse : il reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. Mais le ciel c’est symboliquement là où Dieu habite, ce n’est pas un lieu physique, c’est à la fois en chacun de nous et la réalité spirituelle du monde à côté de laquelle nous passons trop souvent. Dieu habite en chacun de nous mais c’est aussi nous qui sommes appelés à habiter en Dieu : « Nous avons souvent dit que Dieu habite en nous, écrit le Pape François dans son exhortation apostolique Gaudete et exsultate !, mais il est mieux de dire que nous habitons en lui, qu’il nous permet de vivre dans sa lumière et dans son amour. Il est notre temple… » (Gaudete et exsultate ! N° 51). Alors de même qu’il ne s’agit pas de projeter dans des cieux lointains un Christ enlevé d’auprès de nous, plutôt que de renvoyer à une fin des temps fantasmée la promesse de son retour, nous pouvons entendre simplement la phrase des deux hommes en vêtements blancs : Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel, comme l’annonce de l’effusion de l’Esprit que nous allons fêter dans dix jours. Car c’est bien une seule et même promesse que celle d’être avec nous tous les jours et celle de son retour. Il nous appartient de lui donner corps.

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