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2ème Dimanche de Pâque, Année C : Actes 4, 32-35 ; Jean 20,19-31

C’est une image paradoxale de l’Église qui nous est offerte par les lectures de ce dimanche. D’un côté la première lecture qui nous dresse un tableau idyllique, presque trop beau de cette première communauté des croyants qui pratique un partage absolu, de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins si bien qu’aucun d’entre eux n’était dans l’indigence nous dit le texte. Nos pratiques en sont bien loin, mais cela peut nous servir de boussole. Et de l’autre côté, l’évangile qui nous raconte les deux premiers dimanches de l’Église. Et là, le tableau n’est pas brillant : les disciples réunis forment une assemblée cadenassée, repliée sur elle-même, dominée par la peur du monde qui l’entoure. Et pourtant la Vie surgit dans cette maison fermée, force les portes closes, et les rejoint jusque dans leur enfermement. Et c’est déjà pour nous un signe d’espérance que la présence du Christ puisse se manifester jusque dans nos emprisonnements, notre envie de laisser tomber, quand nous n’avons que regret et tristesse dans le cœur. Et « Jésus vint, et il était là, au milieu d’eux ».
Il ne vient pas les mains vides : « Il leur dit, la paix soit avec vous ! ». Et précisément « après cette parole, il leur montra ses mains et son côté ». Le geste qui désigne Jésus en langage des signes, c’est exactement l’évangile de ce jour, le doigt qui désigne les plaies des mains. Les marques de la Croix sont signes de paix pour les disciples. On peut s’en étonner, car ils n’ont pas été brillants dans cette histoire : l’apparition du crucifié pourrait leur faire l’effet d’un fantôme venu réclamer des comptes. Or ces mains et ce côté transpercés sont le signe de la remise de son corps et de son sang comme don et signe d’alliance, c’est le signe que le désir de communion en Dieu l’emporte sur notre violence . C’est pourquoi cela devient signe de leur réconciliation avec eux-mêmes et avec Dieu. C’est ce que par avance il leur a signifié au cours du repas la veille de sa mort, c’est ce que chaque dimanche nous célébrons autour de la table eucharistique. Et Jésus vient et se tient au milieu de nous.
Nous ne venons pas à la messe parce qu’il faut le faire, par conformisme ou habitude, mais rassemblés tels que nous sommes, pour un rendez-vous avec Celui qui nous réconcilie.
Mais s’il apporte la paix, aussitôt il invite les disciples à rompre leur enfermement terrifié, à ouvrir les portes, à prendre le risque de la rencontre : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie ». Nous pourrions longuement méditer la première partie de la phrase pour comprendre comment nous sommes envoyés au monde. Puis il leur donne l’Esprit promis sous le nom de Paraclet, l’avocat, celui qui intercède, le défenseur. Satan, dans la Bible, c’est celui qui accuse, depuis le livre de Job jusqu’au chapitre 12 de l’Apocalypse : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! Car l'accusateur de nos frères a été rejeté, lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu ». Le pouvoir donné avec l’Esprit : « tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis, tout homme à qui vous les maintiendrez, ils lui seront maintenus » renvoie au baptême. Nous ne pouvons penser que l’homme ait reçu le pouvoir de mettre une limite à la miséricorde du Père. Si le symbole des apôtres évoque la rémission des péchés sans plus de précision, le baptême est le seul sacrement évoqué dans le credo de Nicée-Constantinople, pour le pardon des péchés précisément.
Enfin, dans nos communautés, il y a ceux qui manquent le rendez-vous, comme Thomas, dont Jean pense utile de préciser que le nom signifie jumeau. Un jumeau, on ne la lui fait pas : il sait ce que c’est qu’être pris pour un autre, il sait ce que c’est que la confusion. Donc, il lui faut des preuves. Sommes-nous si différents ? Faire confiance, s’appuyer sur la parole d’un autre, cela ne va pas de soi. Cela demande un chemin. Le dimanche suivant, il est là, Thomas, au rendez-vous. Le texte ne nous dit pas s’il a ou non porté son doigt dans les plaies, mais il suggère que la rencontre prend le pas sur l’exigence d’un constat. « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». La béatitude finale nous est alors adressée : heureux sommes-nous au cœur de nos doutes, de nos replis, de nos peurs quand nous laissons s’ouvrir une brèche et donnons sa chance à la rencontre. Il est Vivant celui qui ne demande qu’à manifester sa présence au milieu de nous et à nous envoyer en ambassadeurs de sa paix. Je souhaite que cette béatitude nourrisse notre joie en ce temps pascal, que nos portes s’ouvrent grand, que nous laissions dans nos communautés plus de place au partage pour pouvoir être collectivement les témoins de la paix du crucifié.

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