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Isaïe 50, 4-7 ; Psaume 21 ; Philippiens 2, 6-11 ; Marc 14, 1 – 15, 47

Les textes que nous venons d’écouter sont si denses et riches qu’il y aurait beaucoup à dire, mais ils sont aussi si long qu’il est convenable d’être court. Il s’agit donc d’aller à l’essentiel au moment d’entrer dans cette semaine sainte, qui est un peu le sommet de cette année liturgique qui culmine à Pâques. Nous avons commencé cette liturgie avec cette fête des rameaux : la foule acclame Jésus, c’est la star mania, un élan aussi spontané qu'éphémère. Dans une foule on suit, on n'est pas responsable. Être responsable, c'est répondre personnellement. Jésus nous interpelle toujours personnellement : et toi que dis-tu, qui dis-tu que je suis, que veux-tu que je fasse pour toi ?
Alors nous avons écouté les lectures de la messe de la passion. L’heure du choix décisif. La foule a changé de camp. Marc ne précise pas si ce sont les mêmes qui criaient la veille hosanna au fils de David, et qui crient maintenant à mort. Mais pour ce qui est de répondre, les disciples sont dispersés, Pierre renie trois fois, seules quelques femmes restent là jusqu’au bout. Jésus est seul. La passion de Jésus, ce n’est peut-être pas à entendre d’abord au sens de ce qu’il a souffert : on dit "je t'aime, un peu, beaucoup, passionnément..." Ce récit nous dit que Dieu nous aime passionnément, au point de se dépouiller de sa divinité, nous dit la deuxième lecture de Paul aux Philippiens, pour venir nous chercher, pour nous réconcilier avec lui. Passionnément et même à la folie car donner sa vie comme ça pour nous, ça peut nous sembler fou. Mais l'important à voir là-dedans c'est l'amour. A l'extrême nous dit Jean dans le texte qu'on entendra jeudi soir, au point qu'on ne peut pas aller plus loin dans l'amour, on ne peut pas aimer plus que ça.
Le refrain du psaume que nous chantions tout à l’heure, fait écho au cri lancé par Jésus au moment de mourir : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ». A ce cri du juste abandonné par Dieu, à ce cri de tous les souffrants qui à travers l’histoire se tournent désespérément vers un ciel qui semble sourd, Dieu répond en prenant en son Fils la place de l’innocent torturé. Le cri de l’homme abandonné par Dieu et celui de Dieu trahi par les hommes ne font plus qu’un désormais et de cette réconciliation jaillit la Vie.
Aujourd’hui nous avons ainsi en quelque sorte le programme de la semaine à venir. Entre les trois lectures que nous avons entendues, il y a un fil commun : c'est la figure du serviteur. Le texte d'Isaïe est tiré de ce qu'on appelle le chant du serviteur souffrant. Paul nous dit que Jésus s'est dépouillé du rang qui l’égalait à Dieu pour prendre la place du serviteur et le texte de la passion est le récit de cet abaissement. La figure de l'amour fou de Dieu pour nous est la figure du serviteur. Et il appelle de notre part une réponse qui soit à la hauteur, c'est à dire au plus bas. L'amour de Dieu est invitation à nous mettre au service. Et cela n'est pas du ressort de la foule. Une foule acclame, conspue, mais ne se met pas au service. Une foule peut se mettre aux ordres, s'asservir, laisser sa liberté en gage à l'idole, au chef, au leader. Mais le service est tout sauf l'asservissement, il est la liberté absolue de celui qui s'abaisse par amour, pas par contrainte.
Contempler la manière dont Dieu nous aime, accueillir cet amour déconcertant, qu'est-ce que cela touche en moi ? Qu'est-ce que cela met en route en moi ? A chacune, chacun de répondre pour soi, comme Jésus nous y invite : et toi que dis-tu ? Cette semaine sainte peut être l'occasion pour chacune et chacun de nous de trouver comment il est invité à se mettre au service. Au service de qui, de quoi ? Mais une chose est sûre : l'amour appelle une réponse, et ce que nous allons célébrer maintenant en faisant mémoire du dernier repas de Jésus avec ses disciples, dont nous avons entendu le récit tout à l'heure, c'est le don de l'amour pour que nous devenions nous même ensemble signe de cet amour. Ainsi soit-t-il !

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