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Deutéronome 18, 15-20 ; Psaume : 94 ; Marc 1, 21-28

L’évangile de ce jour nous invite à nous laisser déplacer par la personne de Jésus dont la parole et la « présence » faisaient autorité. Il n’enseignait pas, nous dit l’évangile, à la manière des scribes. Les scribes étaient les spécialistes des Saintes Ecritures, chargés de les interpréter officiellement. Ils étaient membres de droit du sanhédrin qui était comme l'assemblée législative traditionnelle du peuple juif et son tribunal suprême. Mais le texte nous suggère que toute cette science et cette notabilité ne suffisaient pas à asseoir leur autorité. L’autorité quand on est jeune, mais peut-être pas seulement, on la perçoit trop souvent comme ce qui écrase ou étouffe, ce qui s’impose de force : c’est moi le patron, c’est moi qui commande. Mais l’autoritarisme n’est qu’une caricature de l’autorité véritable.
Nous trouvons aujourd’hui Jésus après qu’il a été baptisé par Jean au bord du Jourdain, après ce déchirement des cieux et cette voix qui le désigna comme Fils de ce Père qui est dans les cieux. Il a été conduit par l’esprit au désert où il a traversé l’épreuve de la tentation. Il a appelé ses premiers disciples, nous l’avons entendu dimanche dernier : pas des lettrés, pas des savants, mais de simples pêcheurs, et avec eux il arrive à Capharnaüm où il se rend à la synagogue… et à part cet esprit impur, ce « démon » qui « tourmente » un homme, personne ne semble le connaître. Qu’est-ce donc qui fait son autorité ?
Les scribes, pleins de garanties officielles, enseignent avec rigueur, ils s’en tiennent à la lettre, leurs paroles s’emboîtent dans celles de leurs prédécesseurs, ils répètent avec aisance ce qu’ils ont appris à l’école… Jésus, lui, ne rabâche pas, il est l’auteur de ce qu’il annonce, il est tout entier impliqué dans ce qu’il dit et ce qu’il dit est ajusté à ce qu’il fait et ce qu’il fait, révèle ce qu’il est. Celui qu’il appelle son Père est en lui la source de sa parole et il livre ce qui jaillit de son intimité avec Dieu, il trouve en lui ce secret de l’Amour qui ne s’apprend pas dans les livres mais se révèle à la mesure où nous l’accueillons. Il met en actes cette révélation – « c’est toi mon fils bien aimé » – qu’il a entendue et que chacun peut entendre pour lui s’il ose faire confiance. Il puise en lui la nouveauté parce qu’il se découvre lui-même comme dépositaire d’une alliance nouvelle.
Alors sa parole libère : ce souffle en lui qui vient de l’Esprit, desserre les liens des « possédés », il met au large, il ouvre un avenir. Et cela étonne, cela détonne par rapport à une parole convenue qui enferme dans la Loi, qui répète le déjà entendu et n’est finalement pas porteuse de la Vie que Dieu veut nous donner en abondance.
Comment avec la liturgie de ce dimanche, ne pas voir en Celui qui fait ainsi autorité, qui est porteur d’une parole de Vie qui libère avec force, le prophète annoncé par Moïse dans la première lecture du Deutéronome ?
Chacune, chacun de nous est renvoyé avec cette parole qui fait autorité, à son rapport personnel avec ce Jésus, vivant au milieu de nous et à ce qui se dévoile en lui de cette vie qu’il reçoit de son Père. Chacune, chacun de nous est invité(e) à prendre appui sur cette parole qui libère pour que la vie de Dieu puisse jaillir en elle ou en lui. Jésus est-il pour nous un personnage du passé, sympathique, certes, séduisant peut-être, mais lointain et étranger, ou est-il l’auteur de l’appel que j’entends au plus profond de moi à l’écoute de sa parole ? Il n’aura de consistance dans ma vie que celle de la mise en route qu’il aura suscitée. Cela suppose, à l’image des premiers disciples de quitter nos sécurités pour marcher à sa suite, de lâcher les images de Dieu auxquelles nous nous raccrochons pour nous mettre en route à sa rencontre, d’oser à l’image d’Abraham partir vers l’inconnu. En écho à cette page d’évangile qui nous rapporte la libération d’un homme « possédé », nous pouvons nous rappeler cette parole de l’abbé Pierre : « On ne possède vraiment que ce que l'on est capable de donner. Autrement on n'est pas le possesseur, on est le possédé ». Il n’y a pas d’aventure spirituelle qui puisse faire l’économie de cette mise en route, fondée sur la confiance en la parole qui l’a suscitée. C’est une aventure audacieuse, incertaine mais rien ne serait pire pour nous que d’entendre la parole de Vie qui libère à la manière des scribes pour nous protéger de l’invitation à lâcher prise qu’elle porte en elle. Depuis Abraham le prix de la liberté est de savoir larguer les amarres, de renoncer au confort, de lâcher les sécurités illusoires auxquelles nous nous accrochons frileusement. La parole qui fait autorité est celle qui nous fait grandir, et grandir c’est forcément quitter : quitter le cocon, quitter le nid, quitter son père et sa mère comme le dit le livre de la Genèse, quitter et renoncer car il n’y a de choix qui ne soit en même temps renoncement. L’appel du Christ porte cette exigence mais il ouvre un espace infini que nos chemins balisés n’auraient jamais imaginés. On ne quitte que ce qui nous retient d’oser l’aventure, on ne renonce qu’à ce qui serait obstacle sur la route qui s’ouvre devant nous. Quitter, renoncer, c’est cultiver la liberté de répondre à l’appel et il y a de la joie et du bonheur à être appelé. L’appel est une parole qui met du sens dans notre vie, qui l’oriente. C’est tout le bonheur que je nous souhaite pour cette année 2018.

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