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Isaïe 9, 1-6 ; Psaume 95 ; Tt 2, 11-14 ; Luc 2, 1-14

Dimanche dernier les pharisiens et les chefs religieux étaient trop encombrés de leurs catégories pour accueillir l’irruption de l’inattendu dont Jean-Baptiste était le témoin improbable à leurs yeux. Aujourd’hui les témoins qui sont choisis pour accueillir les premiers cette bonne nouvelle inouïe : un sauveur vous est né ! sont des pauvres que rien n’encombre : les bergers, dont on dit qu’ils étaient des parias dans la société de l’époque. Quant à nous, sommes-nous assez désencombrés pour accueillir ce soir cette nouvelle à frais nouveaux ? Noël !
L’an dernier, un peu provocateur, j’espérais que cette liturgie ne soit pas un ingrédient incontournable d’un rituel enchanté entre le sapin et la dinde. Noël est un moment doux parce que souvent chargé de souvenirs d’enfance merveilleux, liés à la chaleur familiale, au risque de nous masquer l’essentiel de ce que Noël nous révèle. Cet essentiel, il rejoint à travers les bergers peut-être en premier lieu ce soir celles et ceux pour qui Noël n’évoque pas de bons souvenirs, ceux qui sont seuls, sans famille, en prison, à l’hôpital, trahis, abandonnés, désespérés. Je vous invite à essayer avec eux d’entendre comme pour la première fois l’inouï de cette annonce.
L’incarnation est une réalité légitimement irrecevable pour nos frères musulmans et peut-être sommes-nous trop habitués à l’entendre pour en être encore choqués. Si nous partons de ce que nous croyons savoir de Dieu, des définitions du catéchisme de notre enfance pour les plus anciens, pour considérer cet enfant dans la crèche, cela ne colle pas ! Noël est une véritable révolution qui nous invite à nous défaire, à nous désencombrer de toutes nos certitudes et croyances diverses sur qui est Dieu, pour découvrir comment il se révèle dans le visage, la manière d’être, les paroles et les gestes de cet homme, Jésus, dont nous célébrons ce soir la naissance. C’est une révolution copernicienne, un changement radical de perspective.
Et Dieu se révèle se soir si vulnérable et fragile, qu’il semble se confier à notre sollicitude, comme le disait quelqu’un dans le groupe de préparation de cette célébration. Cette réflexion me rappelle Etty HILLESUM qui, dans le camp de Westerbork d’où partaient les convois vers les camps de la mort où elle finira elle-même, écrivait : « Je vais t’aider mon Dieu à ne pas t’éteindre en moi, … Une chose m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider… mais c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous. » C’est peut-être cela la conversion à laquelle nous invite paradoxalement Noël : passer d’une relation immature à un Dieu imaginaire, tout-puissant, qui résoudrait nos problèmes comme par enchantement à une relation libre à un Dieu qui se livre entre nos mains, à un Dieu qui se révèle en empruntant nos routes humaines et qui nous fait la grâce de nous inviter à l’y suivre.
L’accueil de ce Dieu vulnérable, nous l’évoquions en préparant cette messe dans le geste que nous faisons au moment de la communion lorsque nous présentons nos mains comme un berceau pour y recueillir sa présence. Ce soir nous pouvons peut-être redécouvrir ce geste éclairé par le mystère de Noël.
La révélation de Dieu sur nos routes humaines nous renvoie enfin à l’écoute de la parole enracinée dans nos vies. C’est dans le même mouvement que l’évangile éclaire notre vie et que notre vie éclaire l’évangile. La lecture de l’écriture n’est pas intemporelle. La résonnance qu’elle trouve dans notre vie ce soir n’est sans doute pas la même que celle qu’elle trouvait il y a un an. C’est pourquoi nous n’en avons jamais fini de nous laisser travailler par la parole en même temps que nous la travaillons comme un matériau qui nous résiste. Chacune, chacun d’entre nous peut donc se demander ce soir ce qui résonne en elle, en lui, de nouveau à l’écoute de cette bonne nouvelle ? Quelle tonalité inattendue, inexplorée se découvre aujourd’hui au point où j’en suis maintenant ? Quel chemin inédit s’ouvre à moi pour aller de l’avant en mettant mes pas dans ceux de Dieu tel qu’il se révèle en cet homme qui a marché sur nos chemins il y a deux mille ans et qui se livre encore à nous maintenant dans l’eucharistie ? Et s’il se livre c’est pour nous emporter dans ce torrent d’amour qu’il libère par le don de lui-même dont nous allons maintenant faire mémoire. Accueillons-le donc avec joie et laissons-nous emporter !

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