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Isaïe 61, 1-2a.10-11 ; Luc 1, 46b-48, 49-50, 53-54 ; 1Thessaloniciens 5, 16-24 ; Jean 1, 6-8.19-28

Ce troisième dimanche de l’Avent, qu’on appelle de Gaudete, nous invite à la joie, comme la première épître aux Thessaloniciens que nous avons entendue en seconde lecture : « Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c'est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus ». Pourtant en ce temps de l’Avent il s’agit aussi de rejoindre toutes celles et ceux qui sont en attente autour de nous. En attente d’un travail, de la guérison, d’une visite, de la libération, de papiers, ou de la paix, tout simplement. Comment parler de joie dans cette attente inquiète d’un monde plus que jamais instable, d’une planète malade de nos excès, face à un avenir compromis par notre insouciance ? Quelle est l’attente qui nous habite, les uns et les autres en cet automne 2017 ?
C’est la figure de Jean-Baptiste qui nous est encore proposée ce dimanche pour nourrir notre attente. Dans l’évangile que nous venons d’entendre, et que nous avons été invités à partager pendant ce temps de l’Avent, Jean est interrogé sur son identité. Ce qui est frappant dans sa réponse, c’est qu’il la décline d’abord en creux, son identité ; il la décline comme on décline une invitation : il déclare ce qu’il n’est pas, pour éviter toute méprise. Et quand enfin il est sommé d’affirmer quelque chose sur lui-même, sa réponse n’est pas centrée sur lui, sur une image de lui-même comme quand nous nous mettons en scène dans un rôle qui nous valorise. Il ne dit que la fonction qu’il exerce au service d’un autre vers qui sa réponse oriente. Jean le Baptiste n’est pas encombré de lui-même. Ailleurs au chapitre 3 de Luc on l’entend dire : « L'époux, c'est celui à qui l'épouse appartient ; quant à l'ami de l'époux, il se tient là, il entend la voix de l'époux, et il en est tout joyeux. C'est ma joie, et j'en suis comblé. Lui, il faut qu'il grandisse ; et moi, que je diminue ».
N’est-ce pas là le secret de la joie de Jean-Baptiste, de cette joie à laquelle nous sommes invités par Paul, une joie qui ne tient pas à des circonstances favorables, qui ne dépend pas des événements, qui résiste au pire, orientée tout entière vers Celui qui vient, et à la rencontre duquel nous sommes invités à nous préparer par cette voix qui crie dans le désert, à nous préparer en nous désencombrant de nous-même, à préparer sa route en nous pour naître à la joie et fêter Noël plus légers.
« N'éteignez pas l'Esprit », nous dit encore Paul, ce même Esprit dont Isaïe dit qu’il l'a « envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur ». Il n’est pas sûr que l’année qui vient soit une année de bienfaits au sens où nous aimerions l’entendre, mais il dépend de nous que la bonne nouvelle soit annoncée aux pauvres.
L’évangile de ce jour nous met en garde face à la religiosité et aux rites qui peuvent devenir une façon de nous protéger de Dieu et des autres, ce qui est finalement un peu pareil. Le religieux peut-être une façon commode de nous donner l’illusion de domestiquer le divin. Le peuple qui venait à Jean-Baptiste était dans l’attente, mais pour les chefs religieux et les pharisiens qui envoient des émissaires vers Jean, cette attente était devenue confortable, un fonds de commerce en quelque sorte. Chaque chose y était à sa place et on s’accommodait bien d’attendre. Et voilà que l’inattendu survient à travers cet inconnu hirsute, vêtu de poil de chameau et se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage. Le mettre dans une case : le Christ, Elie, le Prophète, c’est se rassurer à son compte, mais surtout ne pas entendre l’irruption inattendue de ce qu’on attend sans vraiment l’espérer. Car c’est là le message de Jean : ce que l’on attend a la figure de l’inattendu et si nous n’y laissons pas place dans nos vies, nous passerons à côté de l’irruption du Royaume sans nous en rendre compte. Nous continuerons à ronronner dans une attente religieuse bien codée qui attend surtout que rien n’advienne qui la dérange. Mais la joie est du côté de l’irruption de l’inattendu. Laissons-nous donc surprendre, le Seigneur passe là où nous ne l’attendons pas.

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