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Ex 22,20-26 ; 1 Th 1, 5-c-10 ; Mt 22, 34-40

Je soulignerai trois points à partir des lectures que nous venons d’écouter pour les mettre en résonnance comme la liturgie nous le propose aujourd’hui.
Paul nous invite dans sa lettre aux Thessaloniciens à avoir une foi active, une charité qui se donne de la peine, une espérance qui tient bon. La foi n’est pas une somme de croyances auxquelles on comprend plus ou moins quelque chose. La foi n’est pas quelque chose que l’on possède et qu’on pourrait perdre au détour du chemin. La foi est une manière d’être au monde confiant dans l’Amour originel qui le fonde. C’est faire crédit à la vie comme porteuse d’une promesse. C’est faire crédit à l’autre qui se présente sur mon chemin comme occasion de donner corps à l’Amour qui est à l’origine de nos vies. Enfin c’est faire crédit à l’avenir, l’Amour originel étant aussi le sens ultime de l’histoire, s’engager pour un monde meilleur, plus fraternel. La foi, la charité, l’espérance se nourrissent et s’attestent mutuellement. La foi est active dans la charité, la charité se donne de la peine dans l’espérance et l’espérance est soutenue par la foi. Et comme disait Péguy, l’espérance est la plus étonnante, peut-être la plus difficile.
C’est précisément à la lumière de l’espérance, cette petite flamme fragile, que la première lecture nous invite à discerner les signes des temps, comme le dit le concile Vatican II. Isaïe voit en Cyrus, roi de Perse, l’instrument de la grâce de Dieu pour Israël. Pour nous aujourd’hui, comment discerner l’action de Dieu dans les soubresauts de l’histoire, comment oser l’espérance au coeur d’une actualité tourmentée. C’est la question que nous pose le texte d’Isaïe qui nous rappelle le socle de la foi d’Israël : Dieu est au centre et au-dessus de tout, et tout doit être rapporté à lui. « Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre ».
C’est précisément cette foi qui sert de prétexte au piège tendu à Jésus dans cette page d’évangile : si Dieu est seul digne d’être servi, convient-il de payer l’impôt à l’empereur qui est en plus l’occupant ? Si celui-là est le messie, il ne peut légitimer l’occupation d’Israël par les romains. Le messie attendu était un libérateur. Or celui-ci fait bon accueil aux publicains, ces corrompus qui collectent l’impôt pour l’occupant, il n’est donc pas illégitime de le pousser dans ses retranchements sur ce sujet pour savoir ce qu’il a dans le ventre.
Le piège est bien tendu : répondre qu’il ne faut pas payer l’impôt, c’est se faire accuser de sédition et se voir dénoncé au pouvoir. Répondre oui, c’est se discréditer aux yeux de tout le peuple comme messie. Jésus s’en sort par le haut : il renvoie chacun à la motivation réelle de sa réticence à payer l’impôt à l’empereur. L’effigie sur la monnaie, de qui est-elle ? Un attachement à la monnaie de l’occupant peut se cacher derrière l’apparente résistance à lui payer l’impôt. Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, ce n’est pas une ligne de partage des eaux entre ce qui serait profane et ce qui relèverait de la religion. C’est juste renvoyer à leur propre contradiction ceux qui de manière perverse tendent à le piéger. Certains ont voulu y voir un prétexte pour renvoyer les évêques à leur sacristie lorsqu’ils se mêlent trop à leur goût des choses de ce monde. Mais ceux-là ont un raisonnement aussi pervers que les pharisiens et les partisans d’Hérode. Un beau poème de Didier Rimaud dit : « L’arbre de la croix indique le passage vers un monde où toute chose est consacrée ». Pas un monde où les choses se distinguent entre sacré et profane, entre ce qui relève de la politique et ce qui relève des croyances personnelles comme on voudrait nous le faire entendre.
En écho à la question que pose Jésus, nous pouvons entendre le livre de la Genèse. A l’effigie de qui est la monnaie, à l’image de qui sommes-nous nous-mêmes ? Nul ne peut servir deux maîtres, nous en avons suffisamment été avertis. L’attachement à la monnaie à l’effigie de l’empereur défigure en nous l’image de Dieu. Le même très beau chant de Didier RIMAUD dit : « Pour que l’homme soit un fils à son image, Dieu l’a travaillé au souffle de l’esprit. Lorsque nous n’avions ni forme ni visage, son amour nous voyait libres comme lui. » Dieu est la garantie de notre liberté, n’en faisons pas l’instrument de notre aliénation. Le poème se termine par ces mots : « L’humble serviteur a la plus belle place : servir Dieu rend l’homme libre comme lui. » C’est précisément cette place du serviteur que Jésus a prise pour nous libérer. C’est déroutant, à commencer pour les apôtres, qui après la résurrection au début des Actes demandent à Jésus : « est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » Mais avant de prétendre libérer quiconque du joug de l’occupant, il convient de trouver soi-même le chemin de la liberté et l’évangile nous dit que ce chemin est celui de l’humble service. C’est à cette place là que notre foi est active, que notre charité se donne de la peine, que notre espérance tient bon.

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