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2 Rois 4, 8-11.14-16a ; Psaume 88 (89), 2-3, 16-17, 18-19 ; Romains 6, 3-4.8-11 ; Matthieu 10, 37-42

« Celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. » Certains d’entre vous savent que j’étais il y a trois semaines sur le chemin de Compostelle avec cinq personnes détenues à la maison d’arrêt de Lyon-Corbas où je suis aumônier. Et au fil des jours ils exprimaient leur étonnement de l’accueil des gens sur le chemin, de la solidarité entre pèlerins. Celles et ceux d’entre vous qui ont risqué leurs pas sur ce chemin pas ordinaire en ont sans doute fait l’expérience. Et c’est ce qui m’est revenu en relisant cette page d’évangile pour la commenter.
Car il y aurait un piège à la lire comme s’il s’agissait d’étiquettes : prophète, homme juste, disciple, comme s’il s’agissait de se présenter avec l’habit qui dit-on ne fait pas le moine, pour générer la récompense promise. Pèlerin, ce n’est pas affaire de costume, mais de pieds. Les gars sur le chemin me le disaient souvent : on ressemble à des pieds nickelés, on est dépareillés. Et on en voit parfois, des pèlerins tout neufs, équipés de pied en cap, qui ont l’air de sortir tout juste de chez Décathlon. Nous ne ressemblions pas à cela, mais l’accueil n’est pas affaire de costume. Pèlerin, c’est un état et cet état se mesure aux kilomètres parcourus, à la chaleur endurée, à la pluie qui vous a buriné le visage… Il en est de même dans cet évangile : Être disciple, c’est tout sauf une étiquette, à peine une identité, sinon celle d’être en chemin, derrière Lui. Une identité nomade, pas une de ces identités installées qu’on met sur une carte de visite et qu’on affiche avec fierté. Disciple, c’est un état qu’on vit avec humilité, à la suite du Maître. Et le Maître est exigeant, car le début de cet évangile peut nous laisser perplexe : qui peut légitimement poser pareilles conditions pour le suivre ? « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. » N’importe qui penserait qu’il a pris la grosse tête et tournerait les talons.
Seul celui qui s’est donné jusqu’à l’extrême peut inviter à une telle radicalité, parce que le suivre, c’est mettre nos pas dans les siens et que les siens sont allés au bout de l’amour. C’est ce que Paul nous rappelle dans la lettre aux Romains que nous avons entendue en seconde lecture : « Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. »
Prendre cela au sérieux n’est certes pas facile dans le quotidien de nos vies. Avons-nous seulement envie d'une vie nouvelle ou prononçons-nous ces mots avec d'autant plus de révérence que nous voulons nous protéger du risque d'expérimenter ce qu'ils renferment ? Une vie nouvelle, ce n'est pas changer de travail, de résidence, que sais-je encore. La radicalité d'une vie nouvelle est un regard renouvelé sur la vie et d’abord sur ces trop proches que je crois connaître par cœur. C'est accueillir comme une surprise inattendue chaque instant qui m'est donné. C’est bien à cela que sert le pèlerinage, ce temps qui marque une pause dans le rythme des jours, ce temps où l’on quitte son lieu, où on rompt avec ses habitudes, ses certitudes, pour s'exposer à la nouveauté, à la surprise, à la différence. Le pèlerinage c’est la chance de revenir à l’état de disciple, la chance d'une rencontre, l’espoir d’un changement intérieur qui ouvre un avenir nouveau, ces mots utilisés pour évoquer notre baptême.
Alors au moment d’entrer dans cette période estivale qui est pour beaucoup l’occasion de quitter le quotidien, nous pouvons nous demander ce que nous allons en faire : un temps de repos, certes, mais au-delà ? En ferons-nous autre chose qu’un temps de divertissement, de « vacances » ? Saisirons-nous l’occasion de reprendre le pas du disciple, de redonner du contenu à ces mots qui disent le sens du baptême ? Que nous prenions ou pas le bâton de pèlerin, nous pouvons saisir cet espace de rupture avec nos habitudes pour lâcher ce qui nous installe trop, pour laisser place à l’inattendu, à la rencontre, à la différence. Et peut-être notre été sera-t-il la grâce de multiples rencontres. Alors, que nous soyons accueillants ou accueillis, la récompense que nous pouvons attendre est tout simplement la grâce de la rencontre de Celui qui nous invite à une radicale nouveauté dans nos vies.

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