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Messe de pentecôte

Vous connaissez l’histoire de la tour de Babel dans le livre de la Genèse. Cette prétention à construire une tour jusque dans les cieux avec des briques, c’est-à-dire une matière uniforme, standardisée. C’est finalement l’histoire de tous les totalitarismes qui ont fleuri au vingtième siècle, la volonté de puissance qui se déploie par l’uniformité et la négation de la différence. Cette histoire conduit à la mort, et la diversité des langues met un terme à cette prétention comme une bénédiction qui réintroduit la vie plutôt que comme une malédiction comme on l’entend trop souvent. Ici le texte des Actes des Apôtres que nous avons entendu est comme un contrepoint du texte de la Genèse : la communion, ce que nous célébrons dans l’eucharistie, se manifeste comme l’unité dans l’harmonie des différences, chacun est rejoint et touché par la Bonne Nouvelle de l’Evangile dans la réalité particulière de sa vie.
C'est ce qui fait l'acte de naissance de l’Eglise. Nous avons laissé les apôtres dispersés et apeurés avant Pâques et dans l’évangile que nous venons d’entendre nous les trouvons encore calfeutrés, les portes du lieu où ils se trouvent étant verrouillées par crainte des Juifs. Et nous les voyons dans le texte des Actes qui sortent, et ensuite et dans les années qui suivent, ils vont se mettre à parcourir le monde entier, à braver tous les dangers, en proclamant que le Christ est ressuscité, vivant pour toujours auprès de Celui qu’il appelait son Père. Mais entre ces deux moments, entre ce repli apeuré après cette mort infâme et l’aventure de l’Eglise naissante, qu’est-ce qui s’est passé ?
C'est ce que nous raconte ce texte situé au début du livre des Actes des Apôtres, le livre qui raconte l’aventure de ceux grâce à qui cette Bonne Nouvelle est arrivée jusqu’à nous, et en particulier Paul. Et ce texte nous dit que ce qui s’est passé, c’est le don de l’Esprit.
Ce qui s’est réellement passé au sens journalistique du terme nous échappe : ici, dans le livre des Actes, on parle d’un grand vent et de langues de feu ; dans l’évangile, on nous raconte une apparition du Christ ressuscité qui souffle sur les apôtres en leur disant « recevez l’Esprit Saint ! ». Peu importent les faits précis, mais ce qui importe, c’est qu’il y a un avant et un après : avant ils sont repliés sur eux-mêmes, dominés par la peur, après c’est l’audace de la rencontre, le courage d’aller au-devant de la différence. Retenons que pour nous aussi il doit y avoir un « avant » et un « après » de la rencontre de Jésus et de l’accueil de son Esprit.
Cet Esprit nous ne savons pas bien ce qu’il est ou qui il est. Les images retenues pour l’évoquer : le feu, le souffle, évoquent plus quelque chose que quelqu’un alors que la théologie l’évoque comme une personne et cela nous invite sans doute à ne pas nous enfermer ou plutôt tenter d’enfermer Dieu dans une arithmétique improbable qui croirait le mettre en équation. Le souffle dont on ne sait ni d’où il vient, ni où il va, nous renvoie plutôt au mystère de Dieu, à une présence qui nous échappe, à laquelle il faut plutôt laisser prise qu’essayer de mettre la main dessus. Cela nous renvoie à notre état de pèlerins, toujours en chemin, jamais installés et ce souffle est précisément Celui qui nous met en route, qui nous pousse en avant, au large, à quitter nos installations, notre zone de confort. Nous le retrouvons au fil de la lecture biblique depuis Abraham jusqu’à la pêche miraculeuse, il est toujours question d’aller au-delà, plus loin.
Nous ne connaissons pas l’Esprit de Dieu, mais nous en connaissons les fruits. Paul les évoque dans sa lettre aux Galates : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi.1 Ces fruits sont aussi ceux auxquels on reconnaît l’amour dans l’hymne du chapitre 13 de la première épître aux Corinthiens. Le souffle de vie qui planait sur les eaux dans le livre de la Genèse est le même qui gonfle nos voiles pour nous pousser à la rencontre de l’Autre, c’est le souffle créateur, Amour absolu dont tout procède qui nous permet d’accueillir la vie comme une promesse et nous interdit de voir l’autre comme une menace. Souffle de vie, amour originel qui transfigure nos histoires en aventure d’alliance. Nous pouvons donc discerner ce qui en nous vient de l’Esprit de Dieu, nous pouvons en appeler la grâce dans nos vies, en cultiver le désir, en demander les fruits. C’est à ces fruits que nos communautés pourront être reconnues comme signe du ressuscité, c’est à cette condition que nous ferons Eglise, c’est-à-dire comme le dit une prière eucharistique un lieu de vérité et de liberté, de justice et de paix, pour que l’humanité tout entière renaisse à l’espérance.

Bruno Lachnitt

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