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Le miracle de l'aveugle de naissance guéri, St Jean 9, 1-41

« Je ne vois pas quel sens cela peut avoir….. »

Combien de fois n’utilisons-nous pas cette expression pour dire un certain désarroi devant les événements dramatiques de l’actualité, la violence, les actes de vengeance aveugle, la souffrance physique ou morale ? « Je ne vois pas… Je ne comprends pas ce qui m’arrive… ou encore : pourquoi ça arrive à moi ? « Qu'est ce que j'ai fait au Bon Dieu ? » entend-on au lit des malades ou dans les permanences sociales.

Ce qui fait défaut ne relève pourtant pas de la vue. Ce qui manque c’est la perception d’une signification. Où chercher le sens qui manque ?

Les disciples, voyant un homme aveugle de naissance, ne peuvent s’empêcher d’établir un lien direct entre l’état physique et une situation spirituelle. Pour eux quiconque souffre expie ainsi un péché secret ; il ne peut exister de souffrance sans culpabilité.
Ces disciples nous ressemblent étrangement,avec notre quête folle de trouver un coupable.D’où vient cette tendance à établir un lien de causalité entre souffrance et culpabilité ? Nous sommes plus aptes à consolider nos malheurs qu'à les consoler,avec le risque parfois de donner des significations qui nous feront plonger plus sûrement que les événements eux-mêmes.jusqu'à à ployer sous le regard imaginaire d'un Dieu totalitaire.
Dieu n’a pas besoin de la souffrance humaine pour se manifester. Jésus dénonce la cécité de ses disciples et démasque ainsi la question qui veut désigner un coupable Le salut annoncé par Jésus n’est pas une compensation à notre malheur ; Il le traverse avec nous et nous relève.
Dans ces métiers de la santé et du social, ce que l’on apprend en 1er c’est peut-être à savoir regarder et écouter. Certes la science nous apporte une compétence et une performance pour soigner et aider l’autre ; mais cette fréquentation avec les personnes fragiles, précaires, vulnérables transforme notre propre vision de l’humain,on en « est comme retourné ». Ces rencontres nous font grandir en humanité Ces personnes nous révèlent comme en miroir notre propre humanité .Elles nous invitent à la bienveillance avec nous mêmes pour être à notre tour bienveillantes avec les autres .
Dans sa fragilité, chaque être se révèle précieux, aimable et porteur de sens.
L’homme mystère d’ombre et de lumière ; il est celui qui devient car il n’est pas clos sur lui-même.Aussi notre regard a besoin sans cesse d’être renouvelé. Ce qui nous amène à une autre réalité que nous révèle ce passage d’Évangile :


L’aveugle est guéri de sa cécité par l’ouïe

Cet aveugle ne demande rien ; il est même surprenant de voir que Jésus commence par le rendre encore plus aveugle en lui appliquant de la boue sur les yeux. Jésus lui demande alors d’aller se laver à la piscine de Siloé. Il va se laver sans rien voir. Il s’agit de marcher à l’oreille et non à la vue. Ses yeux s’ouvrent parce que la parole du Christ, entendue et mise en pratique, l’a détaché de la fatalité de l'enfermement de son sort.On pourrait dire : il voit parce qu’il a entendu la parole qui l’envoie.

Paradoxalement l’entourage de l’aveugle, qui a des yeux pour voir, est enfermé dans une sorte de cécité :
Ses voisins le questionnent sur son identité et doutent : sûrement il s’agit d’un autre.
Les pharisiens lui font subir un interrogatoire en règle. Enfermés dans un savoir religieux que rien ne peut remettre en question et surtout pas l’intrusion de Dieu, ils voient seulement l’impossibilité de guérir un jour de sabbat. Leurs yeux ne s’ouvrent pas à l’homme délivré, là, devant eux ; cela ne fait pas lumière pour eux.
Les Juifs convoquent ses parents pour un complément d’enquête et finissent par mettre en doute son infirmité.
Quant aux parents ils n’ont guère envie de savoir ce qui s’est passé.
Depuis que l’aveugle voit, tous autour de lui semblent atteints de cécité.

Jésus lui-même vient questionner l’aveugle guéri : « Crois-tu au Fils de l’Homme » ?
L’aveugle ne sait pas. Il ne s’en remet pas à ses yeux neufs pour voir. S’il reconnaît celui qui se tient devant lui, c’est à la voix, quand Jésus s’adresse à lui. Soudain il est comme guéri de sa cécité par l’ouïe. Car toutes les preuves peuvent nous sauter aux yeux et toutes les évidences s’imposer : reconnaître le Fils de l’Homme est affaire de confiance sur parole. Se fier à l’autre se fait toujours et encore sur parole.

Bienheureux aveuglement de celui qui croit, rendu à la lumière, il avance à ses risques et périls dans l’obscurité qui demeure. Il ne sait pas dire ce qui lui arrive mais il reconnaît le discret passage du Messie à ses certitudes chamboulées, ses évidences questionnées, ses jours de sabbat bousculés.

Dans ces métiers de la santé et du social nous sommes bien souvent témoins combien la confiance en la parole de l’autre est source de libération, de guérison .Être envoyé à devenir soi-même sur la parole d'un autre.ne se fait pas avec la lumière de l'évidence mais dans la confiance en celui qui nous parle et nous espère plus que nous même.
De même,poser un acte de Foi en la Parole du Christ ouvre l'enclos de nos vies et nous fait prendre le risque de vivre.

Alors nos yeux verront des miracles  :
C’est dans la guérison d’un corps que l’homme renaît à nouveau
C’est dans la tendresse retrouvée que l’homme bondit de joie
C’est dans l’amour partagé que l’homme sait qui il est
C’est en l’enfant qui naît que l’homme dit Espérance
Et comme nous le dit St Jean de la Croix : « Je crois qu’un grand Amour m’attend mais c’est de nuit ».

Monique Audinat
24/03/2017

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